Mon naïf berceau d’autrefois

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Georges Rodenbach

Départ

Départ

La gare du village avait des airs funèbres,
Tassant son grand bloc d’ombre au milieu des ténèbres.

Au moment des adieux pleurait le vent du nord,
Et la gare, on eût dit une maison de mort.

Quelques rouges fanaux trouaient le crépuscule
Et ces fanaux semblaient remplis de sang qui brûle.

Et tout là-bas, parmi les lointains solennels,
Les rails disparaissaient dans l’ombre des tunnels.

La gare du village avait des airs hostiles
Et les rails allongeaient leur froideur de reptiles.

Tout le long de la voie aux feux phosphorescents,
Les fils du télégraphe où parlent les absents,

Chuchotant à distance un rappel aux mémoires,
Alignaient dans la nuit leurs fils de harpes noires.

Et lorsque le convoi l’eut emportée au loin,
Je suis resté longtemps, inerte, dans un coin,

Dans un coin où le vent attristait sa musique,
À me sentir au cœur un mal presque physique,

Un mal d’écrasement et d’atroce langueur,
Comme si tout le train m’eût passé sur le cœur.

Georges Rodenbach, Jeunesse blanche

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