L’Âne portant des reliques

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L’Âne portant des reliques

Un Baudet, chargé de Reliques,
S’imagina qu’on l’adorait.
Dans ce penser il se carrait,
Recevant comme siens l’Encens et les Cantiques.
Quelqu’un vit l’erreur, et lui dit :
Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit
Une vanité si folle.
Ce n’est pas vous, c’est l’Idole
À qui cet honneur se rend,
Et que la gloire en est due.

D’un Magistrat ignorant
C’est la Robe qu’on salue.

Jean de La Fontaine

L’expression âne chargé de reliques caractérise dès lors ceux qui croient adressés à leur mérite personnel les hommages rendus à leur seule dignité.

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La Fontaine

L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette

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L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette

Les injustices des pervers
Servent souvent d’excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l’univers:
Si tu veux qu’on t’épargne, épargne aussi les autres.

Un manant au miroir prenait des oisillons.
Le fantôme brillant attire une alouette:
Aussitôt un autour, planant sur les sillons,
Descend des airs, fond et se jette
Sur celle qui chantait, quoique près du tombeau.
Elle avait évité la perfide machine,
Lorsque, se rencontrant, sous la main de l’oiseau,
Elle sent son ongle maline.
Pendant qu’à la plumer l’autour est occupé,
Lui-même sous les rets demeure enveloppé:
Oiseleur, laisse-moi, dit-il en son langage;
Je ne t’ai jamais fait de mal.
L’oiseleur repartit: Ce petit animal
T’en avait-il fait davantage?

La Fontaine, Fables – Livre VI

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La Fontaine

Le coche et la mouche

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Jean de La Fontaine

Le singe et le dauphin

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Jean de La Fontaine

Le Chêne et le Roseau

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Le Chêne et le Roseau

Le chêne un jour dit au roseau:
Vous avez bien sujet d’accuser la nature;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau:
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l’orage:
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel; mais quittez ce souci:
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables;
Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

La Fontaine, Fables – Livre I

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La Fontaine