Le coche et la mouche

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Jean de La Fontaine

Le singe et le dauphin

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Jean de La Fontaine

Le Chêne et le Roseau

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Le Chêne et le Roseau

Le chêne un jour dit au roseau:
Vous avez bien sujet d’accuser la nature;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau:
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l’orage:
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel; mais quittez ce souci:
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables;
Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

La Fontaine, Fables – Livre I

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La Fontaine

L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

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L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

Certain enfant qui sentait son collège,
Doublement sot et doublement fripon
Par le jeune âge et par le privilège
Qu’ont les pédants de gâter la raison,
Chez un voisin dérobait, ce dit-on,
Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
Des plus beaux dons que nous offre Pomone
Avait la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportait son tribut;
Car au printemps il jouissait encore
Des plus beaux dons que nous présente Flore.
Un jour dans son jardin il vit notre écolier,
Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier,
Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance,
Avant-coureurs des biens que promet l’abondance:
Même il ébranchait l’arbre; et fit tant à la fin
Que le possesseur du jardin
Envoya faire plainte au maître de la classe.
Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants:
Voilà le verger plein de gens
Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite:
Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment
Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite
Se souvint à jamais comme d’une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,
Avec force traits de science.
Son discours dura tant que la maudite engeance
Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

Je hais les pièces d’éloquence
Hors de leur place, et qui n’ont point de fin;
Et ne sais bête au monde pire
Que l’écolier, si ce n’est le pédant.
Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
Ne me plairait aucunement.

La Fontaine, Fables – Livre IX

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La Fontaine

Le loup devenu berger

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Jean de La Fontaine