Réhabilitation de la fourmi

Image

Réhabilitation de la fourmi

Le ciel obscurci, la bise venue,
La cigale, ayant chanté tout l’été,
Alla demander quelque charité
Chez une fourmi qu’elle avait connue.

« J’ai grand faim, dit-elle, et me voilà nue…, »
La fourmi n’est pas ce qu’on a conté,
Et quoique vivant de paille menue,
Elle a dans le cœur beaucoup de bonté.

« Mangez, lui dit-elle, ouvrez mon armoire.
Je m’ennuie un peu sous la terre noire,
Dans ces trous obscurs où je vis sans feu. »

« Mangez et chantez, aimable personne!
Vos chants me feront revoir le ciel bleu,
Et me rendront plus que je ne vous donne! »

Joseph Autran (1813-1877), Sonnets capricieux (1873)

Source

La Fontaine

Publicités

Le fabuliste expliqué – Le corbeau et le renard

Image

Le fabuliste expliqué – Le corbeau et le renard

Un corbeau était fièrement perché sur un arbre, en tenant dans son bec un fromage qu’il avait enlevé.

Un renard, autre fripon, attiré par l’odeur et l’appétit, lui parla, je crois, de la sorte:

Ah! monseigneur corbeau, j’ai l’honneur de vous offrir toutes mes félicitations. Quel bonheur de vous rencontrer! Quel plaisir de vous voir! Est-il au monde une plus jolie créature? En vérité, si la beauté de votre voix égale l’éclat de vos plumes, vous êtes le plus rare des oiseaux qui habitent ces contrées.

Tout joyeux d’un pareil compliment, notre corbeau veut faire l’habile chanteur. Il ouvre le bec jusqu’aux oreilles. Adieu le fromage!

Le renard attendait ce coup de fortune; et se jetant sur ce riche butin, lui dit: Mon cher maître, sachez qu’il en coûte toujours d’écouter un flatteur. Vous me payez avec un fromage! Vous le voyez, j’enseigne à bon marché.

Le corbeau, triste et affligé de cette mauvaise plaisanterie, reconnut sa sottise; mais il était trop tard.

Moralité

La flatterie est une manière adroite de nous prendre par la vanité. La vanité! cette funeste admiration de nous-mêmes. Soyez donc modestes, ou vous vous repentiriez, comme le corbeau, si vous montriez trop d’ardeur à être flattés.

La Fontaine

Le fabuliste expliqué – La cigale et la fourmi

Image

Le fabuliste expliqué – La cigale et la fourmi

La cigale ayant passé le temps de la moisson à chanter, n’avait amassé aucune provision pour l’hiver qui faisait sentir ses rigueurs.

Elle manquait de tout. Poursuivie par la faim, elle alla chez sa voisine, la fourmi, lui exposer sa misère, en la priant de lui prêter de quoi vivre jusqu’au retour de la belle saison. Je vous rendrai avant la moisson nouvelle; comptez sur ma parole, je vous rendrai ce que vous m’aurez prêté avec quelque chose en sus pour votre peine.

La fourmi n’aime pas à prêter; car la seule chose qu’on lui reproche, c’est de n’aimer que soi. Aussi se contente-t-elle de demander à son importune voisine à quoi elle s’occupait quand tout le monde faisait moisson. Ah! il ne faut pas que cela vous fâche, lui répond la cigale: je chantais jour et nuit; je me plaisais à charmer les oreilles des passants.

Ah! ah! vous vous amusiez continuellement à des chansons au lieu de récolter! C’est, on ne peut mieux. Hé bien, ma chère, je vous déclare aujourd’hui que je ne donne ni ne prête rien.

Moralité

Employez bien le temps de votre jeunesse; ne comptez pas sur les autres quand vous serez vieux.

La Fontaine

La Fontaine

La Fontaine (1621-1695)

Jean de La Fontaine, né en 1621 à Château-Thierry, mort en 1695, mérite une place à part au milieu des grands écrivains du siècle de Louis XIV. Il sut atteindre à la gloire, en composant, sans prétention aucune, d’adorables petits poèmes, auxquels il donna le nom modeste de Fables. On les fait apprendre par cœur aux enfants. S’ils voulaient prendre la peine, quand ils sont devenus grands, de relire leur La Fontaine, ils s’apercevraient que chacune de ces fables est un petit drame admirablement composé, plein de grâce et de vérité.

Chaque personnage que l’auteur y introduit parle le langage qui convient à son caractère: le loup, le chien, le mouton, le cheval, le lion, le singe, ne disent pas un mot qui ne soit conforme aux instincts qu’ils ont reçus de la nature.

Mais, tout en faisant causer les animaux, La Fontaine ne laisse pas échapper une occasion de donner aux hommes des conseils ou des leçons. Il se moque à sa façon de leurs travers. Qu’est-ce que le renard, sinon le courtisan adroit? Comment ne pas reconnaître dans le corbeau qui laisse tomber son fromage le vaniteux dupé par un flatteur sans scrupule? La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf n’est-elle point le portrait exact de l’orgueilleux?

Il ne faut donc pas regarder les Fables comme de petites compositions puériles, propres seulement à exercer la mémoire des enfants. Elles sont le fruit d’un art exquis, et quiconque les étudiera avec soin y trouvera de nouvelles beautés à chaque nouvelle lecture. Le bon La Fontaine ne se doutait guère en les composant qu’il pût leur devoir un jour l’immortalité. Il était distrait au point de ne pas reconnaître son fils, en le rencontrant dans la rue. Toujours perdu dans ses méditations, il aimait à faire de longues courses dans la campagne, passant des heures entières à écouter le chant des oiseaux, ou à étudier les mœurs de quelque animal.

Ce doux rêveur ne prenait aucun souci de ses propres affaires. Il fallait que ses amis s’occupassent de subvenir à ses besoins, car il avait dissipé par négligence et incurie toute sa petite fortune. Devenu pauvre, il fut recueilli par une excellente femme, Mme de la Sablière, qui pendant vingt ans le garda sous son toit. Quand il eut perdu sa bienfaitrice, La Fontaine se trouva fort en peine de gagner sa vie. Heureusement un de ses amis lui offrit l’hospitalité, et mit les derniers jours de l’aimable poète à l’abri de la misère.

G. Duruy

Mots expliqués

* petit drame: Action ou récit avec plusieurs personnages et des aventures, des événements qui intéressent, qui touchent.

* compositions puériles: Sans intérêt, sans utilité, bonnes seulement pour les, petits enfants.

* leur doit l’immortalité: Son nom est conservé et célèbre même longtemps après sa mort.

* incurie: Manque de soin.

Questions et Analyse des idées

1. Où et quand est né La Fontaine? — 2. Parlez de son caractère. — 3. Parlez de ses écrits. — 4. Pourquoi ses fables ne sont-elles pas de simples compositions puériles? — 5. Comment fait-il parler les animaux? — 6. Comment termina-t-il sa vie? — 7. Montrez, par certains exemples, que ses fables peuvent s’appliquer aux hommes. — 8. Quelles sont les différentes parties de cette biographie de La Fontaine?

Texte | Image

La Fontaine

La cigale et la fourmi

Jean de La Fontaine