Racine

Jean Racine

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La peinture des caractères dans la tragédie classique

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La peinture des caractères dans la tragédie classique

Corneille et Racine ont produit sur la scène de grands événements historiques, mais on se trompe fort quand on croit qu’ils se souciaient de faire revivre le passé dans un tableau saisissant et fidèle. Cette préoccupation était bien loin de leur esprit. Ce qu’ils se proposaient de peindre, ce n’étaient pas, comme quelques-uns ont dit, tel ou tel héros célèbre: Horace, Auguste, Œdipe, Alexandre, Andromaque, etc., ni le milieu dans lequel ces héros ont vécu; c’étaient les sentiments généraux et communs aux hommes de toute race et de toute époque: la fierté, le patriotisme et l’amour maternel, la jalousie, la haine, etc. Ces sentiments, ils les montraient en action, en les personnifiant dans des types, créés par eux. En d’autres termes, ils ne traçaient le portrait ni d’un Grec ou d’une Grecque, ni d’un Romain ou d’une Romaine, mais de l’homme et de la femme tels qu’on les retrouve dans tous les temps et dans tous les pays. Ils n’ont gardé, pour nous servir des termes de M. Lanson, du caractère local de l’action et du héros que ce qui est indispensable à la réalisation des sentiments généraux. C’est-à-dire que l’intérêt de leurs drames n’est pas dans la couleur historique, qui manque, mais dans la vérité humaine.

Corneille et Racine: comparaison.
Bien qu’ayant la même conception de la tragédie, Corneille et Racine imprimèrent chacun à leur œuvre leur marque personnelle.

Les caractères des héros de Corneille sont entiers, tout d’une pièce, surhumains, exceptionnels. Le poète peint l’homme tel qu’il pourrait et devrait être, l’homme de volonté. Le sentiment qu’il excite est l’admiration.
Ex. : Dans le Cid les principaux personnages sacrifient tout à ce qu’ils regardent comme leur devoir. Bien qu’ils confondent celui-ci avec le faux point d’honneur, on ne saurait nier que leurs inspirations et leurs tendances ne soient nobles, grandes, sublimes; entre la vertu héroïque et la bassesse, Corneille ne connaît pas de milieu.

Les caractères de Racine sont finement nuancés et plus près de la réalité, tout en restant dans les sphères de l’idéal. Le poète excelle à rendre les sentiments tendres, délicats, à peindre la passion. Il excite surtout l’attendrissement, la pitié.
Ex. : Il nous montre Andromaque cruellement torturée par l’alternative d’être infidèle au souvenir d’Hector, ou d’occasionner la mort de son enfant, Astyanax, que Pyrrhus menace de faire tuer si elle ne consent à devenir son épouse.

Le théâtre au 17e siècle

Jean Racine

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Jean Racine (1639-1699)

Les sentiments héroïques de la nature humaine avaient trouvé dans Corneille le plus éloquent et le plus sublime organe; les sentiments tendres et affectueux de notre nature trouvèrent dans Racine leur plus touchant et leur plus parfait interprète. Celui-ci, né en 1639, appartenait à une famille aisée et même noble (car elle avait, par un merveilleux à-propos, un cygne dans ses armes). Dès l’âge de vingt ans, il révéla ses talents pour la poésie dans une ode composée pour le mariage de Louis XIV, la Nymphe de la Seine. Un regard et une récompense de celui qui allait devenir le grand roi encouragea ce premier essai. Le souvenir d’un roman grec que Racine avait lu à Port-Royal lui inspira ensuite l’idée d’une tragédie, que de prudents avis le conduisirent à supprimer, Théagène et Chariclée *. Déjà il avait rencontré dans Molière et Boileau de sévères conseillers, qui lui apprenaient qu’on ne peut atteindre le bien qu’avec beaucoup d’application et de peine; et, ce qui est plus rare, il savait les écouter. En 1664 il donna la Thébaïde, en 1665 Alexandre, qui annonçaient un poète plutôt qu’un auteur dramatique. Mais Andromaque, deux ans après, attesta que Corneille avait un successeur, ou, pour mieux dire, que la scène française comptait désormais une autre gloire. «On demandait après Corneille, a dit M. Nisard, des héros qui fussent plus hommes, des femmes qui fussent moins des héros. On voulait une plus grande part pour le cœur et une langue sinon plus belle que celle des beaux endroits de Corneille, du moins plus exacte que celle des pièces faibles, et, en général, plus pure et plus égale.» Racine, dans Iphigénie, dans Bérénice, dans Phèdre, répondit à ces vœux d’un goût plus difficile. En même temps il montrait, dans Britannicus et dans Mithridate, qu’il était capable de prêter aux plus généreux et aux plus fermes sentiments un langage digne d’eux.

Les succès de ce grand homme furent loin, cependant, de répondre à la supériorité de ses ouvrages. Le dégoût des injustices qu’il eut à subir et des scrupules religieux l’éloignèrent des travaux du théâtre dans la pleine maturité de son génie. Toutefois, vers la fin de sa carrière, il le déploya encore, dans son plus grand éclat, en composant les tragédies sacrées d’Esther et d’Athalie pour la maison de Saint-Cyr, où Mme de Maintenon avait recueilli les jeunes filles nobles sans fortune. Ce dernier chef-d’œuvre fut méconnu des contemporains et Racine, lorsqu’il mourut en 1699, emporta la douloureuse pensée qu’il n’avait pas réussi. L’admiration de la postérité a protesté contre cette erreur.

* «Une des choses qui m’ont fait le plus de bien, écrivait plus tard Racine à son fils aîné (le 24 juillet 1698), c’est d’avoir passé ma jeunesse avec une société de gens qui se disaient assez volontiers leurs vérités, et qui ne s’épargnaient guère les uns les autres sur les défauts de leurs ouvrages.»

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Jean Racine (La Ferté-Milon, 22 décembre 1639 – Paris, 21 avril 1699)