Le XVIIIe siècle – Caractères généraux

Le XVIIIe siècle – Caractères généraux

Ressemblances avec le siècle de Louis XIV.

Souveraineté persistante de la raison: littérature impersonnelle. – Comme leurs aînés du XVIIe siècle, les écrivains d’alors s’inspirent avant tout de la raison. Ils ont pour souci à peu près exclusif d’exprimer des idées, et des idées générales. Aussi la vraie poésie, celle où vibrent les sentiments intimes d’un auteur, est-elle absente de cette époque.

Littérature mondaine. – Les écrivains continuent à fréquenter les salons de la haute société et ils y jouissent même d’une estime grandissante. Ils écrivent pour cette élite, préoccupés de se conformer au « bon goût » qu’elle prône, et d’employer le langage élégant et pur qu’elle préfère. Le théâtre a toujours une très grande vogue: il produit les fines comédies de Marivaux, les tragédies agréables parfois mais superficielles de Voltaire, les pièces étincelantes et hardies de Beaumarchais.

Différences avec le XVIIe siècle: littérature militante.

Au XVIIe siècle, l’autorité du roi et celle de la foi catholique étant absolues, les écrivains n’abordent pas dans leurs œuvres les problèmes politiques et religieux: ils se cantonnent dans l’observation de l’homme. Au XVIIIe siècle au contraire, la royauté, sous un Louis XV et sous un Louis XVI, se déconsidère de plus en plus; l’Église, sous le coup de polémiques intestines, va s’affaiblissant. Dès lors, les penseurs osent discuter les questions religieuses, et surtout les questions politiques et sociales. Ils signalent de plus en plus haut les abus du régime monarchique; ils réclament de plus en plus fort des réformes. Et ils ne se contentent point d’être admirés: ils écrivent « pour agir », pour gagner le public à leurs idées, pour préparer une transformation profonde de la société: la Révolution de 1789 marquera le triomphe de leurs efforts.

L’instrument le plus efficace de cette propagande fut l’Encyclopédie, vaste dictionnaire où se formulent en mille occasions les idées libérales. La publication en fut dirigée par Diderot, mais la plupart des autres « philosophes » contemporains collaborèrent à cette œuvre: Voltaire, Montesquieu, le profond écrivain de l’Esprit des Lois, Buffon, et même Rousseau. Chacun de ces grands auteurs a écrit en outre des ouvrages remarquables à divers titres.

La fin du siècle: l’aurore d’une transformation littéraire.

Par une sorte de réaction contre tant d’ardeur intellectuelle, on voit, à la fin du XVIIIe siècle, l’imagination et la sensibilité s’exprimer avec une fréquence et une force croissantes dans les fraîches descriptions ou dans les romans pathétiques d’un Rousseau et d’un Bernardin de Saint-Pierre. La littérature raisonnable va faire place à une littérature où le pittoresque et la peinture des sentiments tiendront la première place. Bientôt, les œuvres frémissantes et somptueuses de Chateaubriand annonceront, au début même du XIXe siècle, le grand mouvement poétique qui produira Lamartine et Victor Hugo.

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Le siècle des Lumières

L’Esprit du XVIIIe siècle

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Écrivains et savants du 18e siècle

Le siècle des Lumières

Les Lumières

Au dix-huitième siècle, les gens de lettres n’ont plus besoin de protecteur couronné ; ils ne dépendent plus que du public.

Le premier des écrivains du dix-huitième siècle, c’est Voltaire (1694-1778). Il a donné un poème épique en l’honneur de Henri IV, la Henriade (1728), des lettres, des contes.

Florian écrit des Fables ingénieuses.

André Chénier, qui devait périr sur l’échafaud (1794), nous a donné des Élégies et des Idylles.

Le théâtre
Parmi les nombreux auteurs tragiques du siècle, Voltaire seul mérite d’être signalé. Il traita surtout les sujets classiques et donna une Mérope. Mais son Brutus (1730), sa Mort de César (1735), sa Zaïre (1732), sont des imitations de Shakespeare. Avec Adélaïde Duguesclin (1734), nous le voyons emprunter des sujets à l’histoire de France ; avec l’Orphelin de la Chine et Alzire, à l’Extrême-Orient, à l’Amérique.

Regnard fit de la comédie de caractère avec le Joueur, et Le Sage avec Turcaret, le type du mauvais financier.

Marivaux reprit les anciens motifs de la comédie italienne renouvelés par un art ingénieux : le Jeu de l’amour et du hasard (1730) est resté son chef-d’œuvre.

Le Barbier de Séville (1775) de Beaumarchais est aussi une pièce à la mode italienne. On y trouve deux types de personnages qu’il a créés pour l’immortalité : Figaro et Basile, presque aussi populaires que Tartuffe. Beaumarchais osa plus encore dans son Mariage de Figaro (1783), car il y fit son procès à l’ancienne société tout entière. Il définit ainsi le métier de courtisan : l’art de « recevoir, prendre et demander ».

Le roman
Les romans les plus remarquables sont ceux de Le Sage, l’auteur de Gil Blas (1715) ; de Bernardin de Saint-Pierre, à qui nous devons Paul et Virginie (1784). Jean-Jacques Rousseau a donné dans la Nouvelle Héloïse (1761) un roman en forme de lettres.

L’histoire
De tous les historiens du dix-huitième siècle, deux sont restés vraiment classiques.

Montesquieu fait surtout la philosophie de l’histoire dans les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains (1734) et dans l’Esprit des Lois (1748).

Voltaire a écrit la Vie de Charles XII (1731), le Siècle de Louis XV, l’Histoire de la Russie sous Pierre le Grand (1759), et surtout l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1754-1758), où il a esquissé une histoire des progrès de l’humanité.

Idées nouvelles sur la justice, la politique, l’éducation
Voltaire n’a cessé de prêcher à ses contemporains que la persécution et l’intolérance sous toutes ses formes, l’arbitraire des tribunaux, l’emploi de la torture, la cruauté des supplices, l’inégalité des impôts, le servage des paysans, devaient être supprimés. C’est par là qu’il contribua à préparer la Révolution de 1789.

Montesquieu, dans son Esprit des Lois, attaque la barbarie des lois pénales.

Rousseau, dans son Contrat social (1752) s’attaque à l’organisation politique. Aux théories absolutistes de Louis XIV, il oppose nettement le dogme de la souveraineté populaire. Dans l’Émile, il présente une théorie nouvelle de l’éducation. Il proteste contre la pratique barbare d’emmailloter les enfants au point de leur ôter tout usage de leurs membres et d’en arrêter le développement. Dans son système d’éducation, la littérature n’a presque aucune place. Au contraire, les sciences, la géographie, les voyages prennent une large part. Il recommande les promenades à pied, la gymnastique, la natation, la musique et le dessin. Il veut que l’élève travaille de ses mains, apprenne un métier manuel, visite les laboratoires, les ateliers, les boutiques. Il veut aussi qu’il apprenne à connaître Dieu, non dans les livres, mais dans les beautés de la nature, le lever rayonnant du soleil ou la nuit resplendissante d’étoiles.

Idées nouvelles sur l’économie politique
Aux barrières commerciales élevées par les gouvernements de l’ancien régime, à la réglementation étroite et tyrannique de l’industrie, les économistes opposent un mot d’ordre tout nouveau ; c’est Laissez faire, laissez passer. Ils affirmaient que la production et les échanges sont réglés par certaines lois naturelles, et qu’un gouvernement nuit à ses sujets et à lui-même en contrariant ces lois. Si on les laisse fonctionner librement, le blé, par exemple, se portera toujours où il y a disette de blé. En un mot, l’offre et la demande se trouvent toujours en équilibre. Les principaux économistes furent Boisguillebert, Vauban, Gournay, Quesnay et l’Anglais Adam Smith.

L’Encyclopédie
Il est une œuvre, au dix-huitième siècle, qui semble le résumé de toutes les autres œuvres philosophiques. C’est un dictionnaire en trente-sept volumes in-folio, intitulé l’Encyclopédie. Le premier volume parut en 1751 et le dernier en 1777. Le principal auteur de cette grande œuvre, c’est Diderot.

Expansion des idées françaises
Le français est au 18e siècle la langue des cours, de la société, de la diplomatie. Sur tout le continent on lit les livres français. Ce qu’on joue et ce qu’on applaudit sur tous les théâtres d’Europe, ce sont les tragédies, les comédies françaises. L’Europe formait une grande famille. Français, Allemands, Russes, se déclaraient avant tout « citoyens du monde ».

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Esprit général du dix-huitième siècle

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Le XVIIe siècle est une époque de confiance et de quiétude. Aucun trouble, aucun malaise, point de désaccord entre la raison et la foi. On se repose avec assurance sur des dogmes consacrés ; et, si l’on ne reste pas inactif, on emploie son activité à démontrer, à glorifier l’ordre établi. Le XVIIe siècle forme une « solution de continuité » entre le XVIe et le XVIIIe. Au XVIIIe siècle, l’esprit français reprend sa marche interrompue. Il va poursuivre l’enquête presque abandonnée depuis cent ans, examiner les principes de la religion, de la morale, de la politique, contester et débattre soit tout ce que l’âge précédent s’imaginait avoir fixé, soit tout ce qu’il n’avait pas osé mettre en doute. Au dogmatisme universel se substitue un universel scepticisme ; à la démonstration, la discussion ; à la synthèse, l’analyse. On détruit beaucoup : en détruisant les erreurs, les préjugés, les abus, on édifie la vérité et la justice.

Les « philosophes » dans le « monde »
Au XVIIe siècle, les écrivains vivaient presque tous dans la retraite. Au XVIIIe, ils vivent dans le monde, formés en groupes qui se rattachent les uns aux autres pour l’action commune.

Les salons
Il y a des cafés littéraires. Il y a surtout des salons, et qui ne ressemblent guère aux ruelles d’autrefois. Chez Mme de Lambert, durant la première moitié du siècle, on ne se contente ni de remettre en honneur la préciosité ni de soutenir Fontenelle et La Motte contre les anciens, on cause aussi de morale et de politique, et chez Mme de Tencin, ce sont «conversations de philosophes». Puis, durant la seconde moitié, les salons «philosophiques» succèdent aux salons littéraires. Il ne s’agit pas seulement des réunions qui avaient lieu dans la maison du baron d’Holbach et dans celle d’Helvétius, où l’on était entre soi, où l’on n’avait pas à se surveiller. Chez Mme d’Épinay, on parle librement de tout, et Diderot lui-même peut s’y donner carrière. Mme Geoffrin est la « mère » des philosophes, qu’elle rappelle parfois à l’ordre et morigène d’un geste. Mme du Deffand fait, avec eux, assaut d’esprit et de malice piquante. Mlle de Lespinasse, enfin, met au service des encyclopédistes l’ardeur de son âme passionnée.

Dans ces salons règnent les écrivains. Ils ne sont plus, comme jadis, les « domestiques » des grands ; l’esprit rend les conditions égales. Ils créent une opinion ; ils associent le public à leur œuvre de propagande.

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