Le roman au 18e siècle – Débuts du roman nouveau

La Renaissance avait beaucoup développé le roman en prose; mais l’aventure y tenait toujours la première place. Plus tard on s’avisa de concentrer l’intérêt moins sur les événements que sur les sentiments; le roman d’analyse, préparé au XVIIe siècle, est la plus grande création littéraire du XVIIIe; le siècle suivant n’a eu qu’à le perfectionner. La France, l’Angleterre, et plus tard par moments l’Allemagne, jouent les premiers rôles dans cette transformation; les autres nations les imitent ou ne donnent rien qui compte. Ce fruit de l’âge classique en exprime bien le goût d’analyse morale, Déjà Madame de La Fayette (1634-1693) avait dans La Princesse de Clèves (1678) peint là lutte des sentiments et le triomphe douloureux de la vertu avec un style sobre et fin, d’une force remarquable dans sa discrétion voulue; ce court chef-d’œuvre est un des joyaux de la littérature classique.

Dans un tout autre genre, le roman picaresque, déjà flétri en Espagne, donna en France sa fleur suprême et la plus éclatante dans l’Histoire de Gil Blas de Santillane (1715-1735) de Le Sage (1668-1747). Nourri des romans picaresques, il mit l’action en Espagne; mais ce sont des moeurs en partie françaises qu’il peint, c’est un esprit tout français qui l’anime dans le dessin des caractères. La richesse et la vérité de l’observation morale, la finesse spirituelle du ton assurèrent à Gil Blas un succès universel, immense, et qui ne s’est jamais démenti.

En Angleterre, Daniel Defoe (I66I?-1731), familier avec la société la plus mêlée de Londres, n’étant gêné par aucun scrupule littéraire ou moral, mit dans ses dix romans (Roxana, Moll Flanders, etc., 1719-1725) une audace réaliste, une précision du détail toutes nouvelles. Ces romans, récemment remis à leur rang, furent en leur temps peu connus sur le continent; mais Robinson Crusoe (1719) a captivé l’imagination de tous les enfants et vit dans la mémoire de tous les hommes. C’est l’épopée puritaine de l’homme que sa raison élève, sans autre guide que la Bible, de la vie brutale et inconsciente à une vie éclairée par la foi; c’est l’épopée moderne de l’homme qui, jeté seul dans la nature sauvage, la dompte à force d’énergie. Ce second aspect causa son succès immédiat dans le monde entier; Rousseau, en faisant de Robinson la seule lecture de son Émile, en sanctionna la valeur éducative. On l’imita inégalement en divers pays, énormément en Allemagne, où l’on compta soixante-dix de ces robinsonades jusqu’à la fin du siècle.

Le roman au 18e siècle

Madame de La Fayette

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Madame de La Fayette

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