Madame de Staël

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Madame de Staël (1766-1817)

Mme de Staël, née à Paris, était la fille unique du célèbre Necker, ministre des finances sous Louis XVI. Elle s’associa d’abord aux idées nouvelles, en 1789, puis répudia les excès de la Révolution. Elle écrivit en 1793 de courageuses Réflexions sur le procès de la reine, par une femme. Napoléon, contre qui elle avait fait de l’opposition, la persécuta, la força de s’exiler de ville en ville, et elle ne rentra en France que sous la Restauration, deux ans avant de mourir. Ses principaux ouvrages sont: De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800), Delphine (1802), Corinne (1807), De l’Allemagne (1810). Les Considérations sur la Révolution (1818) et Dix années d’exil (1821) sont des ouvrages posthumes.

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Madame Necker

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Madame Necker est la mère de Madame de Staël.

Madame de Staël

Madame de Staël (1766-1817)

Chateaubriand personnifie le mouvement de réaction qui se fit contre les idées de la Révolution. Mme de Staël, au contraire, personnifie la tradition de ces idées. Germaine Necker naquit à Paris en 1766; elle était la fille du célèbre banquier genevois, qui devint ministre des finances sous Louis XVI. C’est dans le salon de son père qu’elle fut élevée. Elle y vit tous les écrivains en renom de cette époque; elle y contracta le goût et le talent qu’elle eut toujours pour la conversation; elle s’y imprégna des idées du XVIIIe siècle. À quinze ans, elle présentait à son père une série d’extraits de l’Esprit des lois de Montesquieu. Elle lisait Jean-Jacques Rousseau et composait sur ses écrits des commentaires enthousiastes (Lettres sur J.-J. Rousseau, 1788). Mariée au baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à Paris (1786), elle s’en sépara en 1796.

Nous la trouvons d’abord éprise du mouvement révolutionnaire; puis, effrayée des excès de la Révolution, elle en flétrit les crimes (Réflexions sur le procès de la reine, 1793). De même, Bonaparte lui inspire au début des sentiments d’admiration; mais bientôt elle proteste contre son despotisme. Exilée à cause de son ardente opposition, elle se fixe à Coppet, château appartenant à son père et situé sur la rive suisse du lac Léman. Elle fit de cette demeure un centre littéraire et politique où se groupèrent autour d’elle les beaux esprits et les hommes de lettres les plus distingués de l’Europe.

En 1800, elle publia son ouvrage De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, où elle indique les véritables bases de la critique, en essayant de déterminer les rapports que soutient la littérature avec les mœurs, avec les lois, avec la religion.

C’est à Coppet qu’elle écrivit son roman Delphine (1802) où, dit-on, elle a cherché à se peindre. Elle y oppose à « l’opinion » le droit qu’a la femme de se développer librement. Les idées libérales semées partout dans cet ouvrage, attirèrent sur l’auteur les rigueurs de Napoléon qui, l’accusant de vouloir « corrompre les mœurs », lui interdit à jamais de rentrer en France. Dans l’automne de 1803, elle se rendit en Allemagne, où elle rencontra, à Weimar et à Berlin, l’accueil le plus sympathique, et où Gœthe, Schiller et Wieland l’initièrent à la littérature allemande. Après la mort de son père, elle partit pour l’Italie, afin d’y chercher quelque repos d’esprit et de cœur. Ce voyage lui inspira le roman de Corinne (1807), son chef-d’œuvre littéraire. Elle sut y encadrer les ingénieux incidents d’un roman dans une brillante peinture de l’Italie, de ses coutumes, de ses arts et de sa littérature. Delphine et Corinne reposent, au fond, sur la même donnée; c’est dans les deux cas la peinture d’une femme supérieure en lutte avec les conditions sociales.

Mais le principal titre de Mme de Staël à la célébrité est son ouvrage De l’Allemagne (1810), composé sous l’influence d’Auguste-Guillaume de Schlegel, le précepteur de ses enfants. Elle y entreprend de faire connaître à la France l’Allemagne étudiée: 1. dans ses mœurs; 2. dans sa littérature et ses arts; 3. dans sa philosophie et sa morale; 4. dans ses idées religieuses. La première elle étudiait et révélait aux Français Wieland, Lessing et Winckelmann, Gœthe et Schiller, et tout le mouvement philosophique qui se rattache à Kant. Elle aidait ainsi à renouveler l’art français, en faisant entrevoir à son pays un idéal littéraire qu’elle désigna la première par le mot de poésie « romantique ».

Au moment où le livre allait paraître, la police impériale fit saisir et détruire l’édition entière sous prétexte qu’il était antifrançais. Il parut alors en Angleterre, en 1813, et produisit en Europe une immense sensation.

Après la chute de l’Empire, Mme de Staël revint à Paris; mais elle ne survécut que deux ans à la seconde Restauration. Lorsqu’elle mourut en 1817, elle venait d’achever ses Considérations sur la Révolution française (1818), son testament politique, où elle parle avec une réelle largeur de vues de ce grand fait social et cherche à l’expliquer par ses causes profondes.

Mme de Staël a mis en circulation les idées dont se recommanda la nouvelle école; elle a ainsi sa part dans le mouvement romantique.

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