Marguerite de Navarre

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Marguerite de Navarre

Conteurs italiens et français du 16e siècle

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Conteurs italiens et français du 16e siècle

Le plus important héritier de Boccace est Matteo Bandello (1485-1561), dont les deux cent quatorze Nouvelles (1554-1573) ont presque toutes pour fond des faits réels; la violence des passions, l’atrocité des crimes forment leurs traits dominants. Il fut très lu; en Angleterre romanciers et dramatistes, notamment Shakespeare, lui empruntèrent quantité de sujets par l’intermédiaire de ses adaptateurs français.

Parmi les nombreux recueils contemporains qui jouirent d’un succès européen, les principaux sont les Hecatommiti ou Cent contes de Giraldi Cinzio (1504-1573); les Soupers (Cene) d’Anton Francesco Grazzini, dit le Lasca (1505-1584), où l’indécence le dispute à l’atrocité; les Soirées amusantes de Giovanni Francesco Straparola (1480?-1557), qui offrent une fantaisie poétique et aimable.

L’Heptaméron (1558) de Marguerite, reine de Navarre (1492-1549), type accompli de la princesse de la Renaissance, dérive directement du Décaméron, dont il emprunte le plan. Cinq seigneurs et cinq dames, aux eaux de Cauterets, se content des histoires, soixante-douze nouvelles en tout. Comme dans Boccace, chacune est suivie d’une discussion; comme dans Bandello, les aventures racontées sont le plus souvent réelles. Marguerite l’emporte sur le maître lui-même en donnant plus d’individualité et de vie aux personnages qui racontent. Elle met dans ses histoires, parfois scabreuses, du sérieux, de la pitié, de la religion; elle y introduit l’observation des passions et l’analyse des motifs intérieurs des actes.

Bonaventure Des Périers (1500-1544), secrétaire de cette princesse, libre esprit dont les dialogues et tableaux anonymes qu’il intitulait Cymbalum mundi (Carillon du monde, 1537) avaient été condamnés au feu pour leur impiété, donna dans ses Nouvelles récréations et joyeux devis (1558-1568) plus de cent histoires courtes, élégamment narrées, où La Fontaine et bien d’autres ont puisé.

Noël du Fail (1520?-1591), dans ses Propos rustiques, ses Balivernes et surtout ses Contes d’Eutrapel (1586), offrait des éléments nouveaux: un fort goût de terroir français et rustique, et une saveur d’actualité.

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Marguerite de Navarre

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Marguerite de Navarre

La reine de Navarre

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La femme célèbre que l’on désigne sous ce nom est Marguerite de Valois, fille de Charles d’Orléans, duc d’Angoulème et sœur de François Ier. Née en 1492, elle épousa en 1527, après un premier veuvage, Henri d’Albret, roi de Navarre, donna le jour à Jeanne d’Albret, mère de Henri IV, et mourut en 1549. On lui doit, outre le recueil de contes connu sous le nom d’Heptaméron, un volume de poésies intitulé : Marguerites de la marguerite des princesses, et dans lequel se trouve un poème mystique, Le Miroir de l’âme pécheresse.

La reine de Navarre aimait à s’entourer de poètes et de savants ; elle était liée avec Calvin, Marot, Dolet, Des Périers, et sa petite cour de Nérac était comme un péristyle de l’hôtel de Rambouillet, où venaient se réunir une foule de beaux esprits, les plus vaillants soldats de la Réforme, et quelques-uns de ses martyrs. C’est de là que sont sortis les Contes, dont quelques-uns sont imités de Boccace et qui sont, comme le dit l’un des personnages qu’on y voit figurer : « le Recueil de tous les mauvais tours que les femmes ont faits aux pauvres hommes ».

Les Contes de l’Heptaméron sont au nombre de soixante-douze.

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Marguerite de Navarre (1492-1549)

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Fille de Charles d’Angoulême et de Louise de Savoie, soeur unique de François Ier, cette princesse épousa d’abord le duc d’Alençon, qui la laissa veuve en 1525. Elle devint ensuite reine de Navarre par son mariage avec Henri d’Albret, aïeul de Henri IV. La vie de Marguerite fut toute remplie par la tendre affection qu’elle portait à son royal frère, dont elle servit plus d’une fois les intérêts politiques. Passionnée comme lui pour les choses de l’esprit, elle lisait les auteurs grecs et latins dans l’original, et prenait même des leçons d’hébreu. Sa cour de Nérac, capitale du duché d’Albret, devint une sorte d’Athènes, le rendez-vous des savants et des artistes, mais aussi l’asile des réformés, que Marguerite accueillait plutôt par curiosité que par sympathie pour leur doctrine. Ces relations néanmoins ont fait suspecter sa foi. Frappée au coeur par la mort de François Ier, elle lui survécut peu et succomba, âgée de cinquante-sept ans. Lire la suite!