Les petites sœurs

Victor de Laprade

L’Âne portant des reliques

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L’Âne portant des reliques

Un Baudet, chargé de Reliques,
S’imagina qu’on l’adorait.
Dans ce penser il se carrait,
Recevant comme siens l’Encens et les Cantiques.
Quelqu’un vit l’erreur, et lui dit :
Maître Baudet, ôtez-vous de l’esprit
Une vanité si folle.
Ce n’est pas vous, c’est l’Idole
À qui cet honneur se rend,
Et que la gloire en est due.

D’un Magistrat ignorant
C’est la Robe qu’on salue.

Jean de La Fontaine

L’expression âne chargé de reliques caractérise dès lors ceux qui croient adressés à leur mérite personnel les hommages rendus à leur seule dignité.

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La Fontaine

Le Printemps

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La rue

La rue

Rien ne vaut la rue pour apprendre la vie.

Il faut avoir vu, au matin, les laitières et les charbonniers, les porteurs d’eau et les bouchers pour comprendre que chacun doit faire sa tâche.

Sur mon chemin, de la maison au collège, se trouvait un papetier qui étalait à la devanture de sa boutique des images d’Épinal. J’ai passé là des heures, le visage collé à la vitre, à lire ces histoires naïves où j’ai souvent trouvé quelque bonne leçon.

Anatole France

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Anatole France

Printemps

Printemps

Le soleil règne et les molles nuées
Montent en troupeaux blancs
Du côté du Levant ;
Les herbes remuées
Au vent
Luisent, comme des ailes.

L’air est si pur et la clarté si belle
Et l’âpre hiver est si dûment parti
Que les bêtes et que les hôtes
Des maisons basses de la côte
En ont fini
D’avoir la peur de l’infini.

Même, bien qu’ils grognent toujours,
Les vieux les plus mornes espèrent.
Ils sont passés, les mauvais jours
Que rythme, à sons de cloche ou de tambour,
Autour du monde, la misère.
Ils sont passés, les temps
Quand il fallait vendre ses nippes
Et qu’il manquait le peu d’argent
Dont ont besoin les pauvres gens
Pour boire un coup et pour bourrer leur pipe.

Mais aujourd’hui, la dune est claire et l’herbe y croît ;
Les humbles fleurs poussent par kyrielles ;
Le ciel est traversé de zig-zags d’hirondelles
Et, dans les clos qui verdissent, les toits
Rouges brillent, de la gouttière au faîte,
Lavés et balayés qu’ils sont depuis cinq mois,
Par les eaux de la pluie et le vent des tempêtes.

Les fenêtres à carreaux verts
Sourient au jour qui les colore.
La poule couve et les œufs vont éclore.
Le chien bourru dort, à travers

Le sentier chaud de lumière dorée,
Les feuillages bougeants
Des bouleaux nains à l’écorce nacrée
Tremblent, comme un essaim de papillons d’argent.

Et les mères font la lessive
Sous un auvent, gaîment ;
Et le linge placide et blanc
Sèche, au soleil, sur l’herbe vive ;
Et fillettes et gamins, par tas,
Avec un pain trop grand pour leurs deux bras,
Reviennent du village et de l’école.
Là-bas s’entend un bruit de carriole :
C’est le docteur qui rentre à l’Angélus sonné.
Midi tiédit le sol de ses rais inlassables
Et la petite sœur qui tient le dernier né
Sous sa garde, l’assied
Pour la première fois, le cul nu dans le sable.

Émile Verhaeren, La Guirlande des dunes, 1907.

Émile Verhaeren