Victor Hugo – Les pauvres gens

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Les pauvres gens

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close,
Le logis est plein d’ombre, et l’on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.
Au fond, dans l’encoignure où quelque humble vaisselle
Aux planches d’un bahut vaguement étincelle,
On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.
Tout près, un matelas s’étend sur de vieux bancs,
El cinq petits enfants, nid d’âmes, y sommeillent.
La haute cheminée où quelques flammes veillent
Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit,
Une femme à genoux prie, et songe et pâlit.
C’est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d’écume,
Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,
Le sinistre océan jette son noir sanglot.

Victor Hugo, La Légende des siècles

Source

Victor Hugo

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Rousseau – Si j’étais riche

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Si j’étais riche

Je n’irais pas me bâtir une ville en campagne, et mettre au fond d’une province les Tuileries devant mon appartement. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j’aurais une petite maison rustique: une maison blanche avec des contrevents verts; et quoique une couverture de chaume soit en toute saison la meilleure, je préférerais magnifiquement, non la triste ardoise, mais la tuile, parce qu’elle a l’air plus propre et plus gaie que le chaume, qu’on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l’heureux temps de ma jeunesse. J’aurais pour cour une basse-cour, et pour écurie une étable avec des vaches, pour avoir du laitage que j’aime beaucoup. J’aurais un potager pour jardin et pour parc un joli verger.

Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient ni comptés ni cueillis par mon jardinier; et mon avare magnificence n’étalerait point aux yeux des espaliers superbes auxquels à peine on osât toucher. Or, celle petite prodigalité serait peu coûteuse, parce que j’aurais choisi mon asile dans quelque province éloignée où l’on voit peu d’argent et beaucoup de denrées, et ou règnent l’abondance et la pauvreté.

Jean-Jacques Rousseau, Émile – Livre IV

Source

Jean-Jacques Rousseau

Maupassant – Le Chien

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Le Chien

Quand le chien fut à dix pas, il s’arrêta. Et j’en fis autant. Alors il se mit à agiter sa queue et il s’approcha, à petits pas avec des mouvements craintifs de tout le corps, en fléchissant sur ses pattes comme pour m’implorer et en remuant doucement la tête. Je l’appelai. Il fit alors mine de ramper avec une allure si humble, si triste, si suppliante, que je me sentis les larmes aux yeux. J’allai vers lui, il se sauva, puis revint et je mis un genou par terre en lui débitant des douceurs afin de l’attirer. Il se trouva enfin à portée de ma main et, tout doucement, je le caressai avec des précautions infinies. Il s’enhardit, se releva peu à peu, posa ses pattes sur mes épaules et se mit à me lécher la figure. Il me suivit jusqu’à la maison.

Ce fut vraiment le premier être que j’aimai passionnément, parce qu’il me rendait ma tendresse.

Guy de Maupassant, Contes

Source

Guy de Maupassant

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Trois quatrains de Radiguet

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Raymond Radiguet

Le renard, le singe et les animaux

Jean de La Fontaine