Assassinat de Jean sans Peur

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Assassinat du Duc de Bourgogne

Le 10 septembre 1419, Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et Charles, dauphin de France, oubliant leurs longs discords, et se rendant à la voix du peuple fatigué, devaient enfin se jurer, à tout jamais, paix et alliance. Le milieu du pont de Montereau, sur l’Yonne et la Seine, fut choisi pour lieu de l’entrevue; une loge en charpente y fut élevée. Le Dauphin accompagné de son secrétaire, s’y rendit, suivi de dix hommes d’armes de distinction, parmi lesquels son fidèle confident, Tanneguy Duchâtel. Jean, duc de Bourgogne, vint bientôt le joindre; il avait à sa suite même nombre de guerriers choisis, et, à leur tête, messire Pierre de Gyac, son jeune favori. Les barrières du pont se fermèrent alors aux extrémités; Français, sur la rive droite de l’Yonne, Bourguignons, sur la gauche de la Seine, en gardaient les avenues.

Arrivé devant son rival et maître, le Duc ôte son chaperon et met genou en terre; mais lui, croisant fièrement les bras: « Vous avez mal tenu votre parole envers nous, Monsieur le duc; sujet lâche et déloyal, vous avez… » – « Assez », dit le Duc, et, se relevant, il allait répondre; mais Tanneguy se baissa, ramassa derrière la tapisserie la hache qui, la veille, était pendue à sa ceinture, puis se redressant de toute sa hauteur: « Il est temps », dit-il, en levant son arme sur la tête du Duc.

Le Duc vit le coup qui le menaçait; il voulut le parer de la main gauche, tandis qu’il portait la droite à la garde de son épée; mais il n’eut pas même le temps de la tirer, la hache de Tanneguy tomba, abattant la main gauche du Duc, et du même coup lui fendant la tête depuis la pommette de la joue jusqu’au bas du menton.

Le Duc resta encore un instant debout, comme un chêne qui ne peut tomber; alors Robert de Loire lui plongea son poignard dans la gorge, et l’y laissa.

Le Duc jeta un cri, étendit les bras, et alla tomber aux pieds de Gyac.

Il y eut alors une grande clameur et une affreuse mêlée car, dans cette tente, où deux hommes auraient eu à peine de la place pour se battre, vingt hommes se ruèrent les uns sur les autres. Un moment, on ne put plus distinguer au-dessus de toutes ces têtes que des mains, des haches, et des épées. Les Français criaient: « Tue! Tue! A mort! » Les Bourguignons criaient: « Trahison! Trahison! Alarme! » Les étincelles jaillissaient des armes qui se rencontraient, le sang s’élançait des blessures. Le Dauphin épouvanté s’était jeté le haut du corps en dehors de la barrière. À ses cris, le président Louvet arriva, le prit par dessous les épaules, le tira dehors, et l’entraîna presque évanoui vers la ville; sa robe de velours bleu était toute ruisselante du sang du duc de Bourgogne, qui avait rejailli jusque sur lui.

Cependant le combat et les cris continuaient dans la tente; on marchait sur le Duc mourant, que nul ne songeait à secourir. Mais les Dauphinois mieux armés avaient le dessus; les Bourguignons, voyant que toute résistance était inutile, prirent la fuite. Les Dauphinois les poursuivirent, et trois personnes seulement restèrent sous la tente vide et ensanglantée.

C’était le duc de Bourgogne, étendu et mourant; c’était Pierre de Gyac, debout, les bras croisés, et le regardant mourir; c’était enfin Olivier Layet qui, touché des souffrances de ce malheureux prince, soulevait son haubergeon pour l’achever par dessous avec son épée. Mais de Gyac ne voulait pas voir abréger cette agonie dont chaque convulsion semblait lui appartenir; et, lorsqu’il reconnut l’intention d’Olivier d’un violent coup de pied, il lui fit voler son épée des mains. Olivier étonné leva la tête. « Eh! sang dieu! » lui dit en riant de Gyac, « laissez donc ce pauvre prince mourir tranquille. »

Puis, lorsque le duc eut rendu le dernier soupir, il lui mit la main sur le cœur pour s’assurer qu’il était bien mort; et, comme le reste l’inquiétait peu, il disparut sans que personne fît attention à lui.

Le curé de Montereau vint prier au milieu de ce sang, à côté de ce corps inanimé, jusqu’à minuit; puis à cette heure, aidé de deux hommes, il le porta dans un moulin près du pont, le déposa sur une table, et continua de prier près de lui jusqu’au matin; et, à huit heures, sans cérémonie, sans bruit, le Duc fut mis en terre, en l’église Notre-Dame, devant l’autel Saint-Louis.

Alexandre Dumas

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Jean sans Peur

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Georges Rodenbach

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Tour d’ivoire

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Sainte-Beuve

Gustave Flaubert

Gustave Flaubert (1821-1880)

Romancier réaliste, né à Rouen, mort à Croisset (Seine-Inférieure). Auteur de: Madame Bovary, Salammbô, l’Éducation sentimentale, la Tentation de saint Antoine, Bouvard et Pécuchet, Trois Contes.

Psychologue pénétrant, il garde une impassibilité voulue devant les misères morales et intellectuelles de la nature humaine. Écrivain de premier ordre, son style est beau de relief, de couleur, d’harmonie et surtout de concision forte et brillante. Il tient à la fois des romantiques et des naturalistes, continue les premiers par sa haine du bourgeois et son souci de la forme, annonce les seconds par le caractère objectif et impersonnel de ses romans.

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Gustave Flaubert

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