Le Génie du Christianisme

« Le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l’épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds tout à coup se perdait dans le bois, tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit qu’elle répétait dans son sein. Dans une savane, de l’autre côté de la rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les gazons : des bouleaux agités par les brises et dispersés çà et là formaient des îles d’ombres flottantes sur cette mer immobile de lumière ».

Chateaubriand, Le Génie du Christianisme

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Chateaubriand

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Chateaubriand

François-René de Chateaubriand (1768-1848)

Le vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo, fit au commencement de la Révolution un voyage dans l’Amérique centrale, qu’il raconta plus tard. Revenu en France, il émigra bientôt à Londres, et dut lutter pendant sept années contre la misère, donnant des leçons pour vivre. Ses premiers ouvrages, Atala (1801), René (1802), le Génie du christianisme (1802), les Martyrs (1809), l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) ont eu une influence capitale et indiscutable sur toute la littérature de la première moitié du XIXe siècle. Chateaubriand fit revivre dans les lettres le respect de la religion et du passé, que le XVIIIe siècle avait méconnus. Son style brillant, ses images neuves et hardies, ses descriptions colorées et étincelantes ont fait naître le romantisme. Chateaubriand, dont l’indépendance portait ombrage au pouvoir soupçonneux de Napoléon, se consacra à la politique sous la Restauration, puis revint à la littérature après la révolution de 1830. C’est dans cette nouvelle période de sa vie que parurent les Natchez, le Dernier des Abencerages, des Études historiques, des Voyages en Amérique, en France et en Italie (1834), un Essai sur la littérature anglaise, une traduction du Paradis perdu de Milton (1836), et une Vie de Rancé (1844). Les Mémoires d’outre-tombe, où il raconte sa vie dans des pages tantôt exquises, tantôt fatigantes, ne devaient paraître qu’au lendemain de sa mort; il les céda de son vivant à ses créanciers pour assurer l’aisance de sa vieillesse. Le tombeau de Chateaubriand se trouve sur un rocher à l’entrée de la baie de Saint-Malo.


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L’influence de Chateaubriand

Les Mémoires d’Outre-Tombe