Chateaubriand

François-René de Chateaubriand

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Chateaubriand – Rêverie

Rêverie

Après le souper, je me suis assis à l’écart sur la rive; on n’entendait que le bruit du flux et du reflux du lac, prolongé le long des grèves; des mouches luisantes brillaient dans l’ombre, et s’éclipsaient lorsqu’elles passaient sous les rayons de la lune. Je suis tombé dans cette espèce de rêverie connue de tous les voyageurs; nul souvenir distinct de moi ne me restait; je me sentais vivre comme partie du grand tout, et végéter avec les arbres et les fleurs. C’est peut-être la disposition la plus douce pour l’homme; car, alors même qu’il est heureux, il y a dans ses plaisirs un fond d’amertume, un je ne sais quoi qu’on pourrait appeler la tristesse du bonheur. La rêverie du voyageur est une sorte de plénitude de cœur et de vide de tête, qui vous laisse jouir en repos de votre existence; c’est par la pensée que nous troublons la félicité que Dieu nous donne; l’àme est paisible, l’esprit est inquiet.

Chateaubriand, Voyage en Amérique – Description de quelques sites dans l’intérieur des Florides

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Chateaubriand – René

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Chateaubriand – René

René est à Werther ce qu’Atala est à Paul et Virginie. Car personne, en matière de genres, ou de gaufriers, n’est moins inventeur que Chateaubriand, qui ne renouvelle tout que par le style, le style d’une âme et le style d’une forme. René, publié dans le corps même du Génie de 1802, contribua à son triomphe. Il s’agit d’illustrer et de faire vivre d’un mal « presque entièrement inconnu aux anciens, insuffisamment observé par les modernes » une mélancolie, attachée à l’existence, chez un jeune homme habité de passions puissantes et vagues, arrêté dans la certitude que la vie décevra toujours l’immensité de ses désirs.

L’aventure intime, tragique, la destinée incestueuse de René et d’Amélie, imposait aux imaginations des femmes une figure inspirée et inspiratrice de l’auteur. Il y eut René comme il y avait Jean-Jacques. Pendant un demi-siècle René dégagea une fièvre poétique extraordinaire, qui tomba peu à peu après la mort de Chateaubriand, mais surtout parce qu’il était relayé et remplacé par les Mémoires.

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Le Génie du Christianisme

« Le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l’épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds tout à coup se perdait dans le bois, tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit qu’elle répétait dans son sein. Dans une savane, de l’autre côté de la rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les gazons : des bouleaux agités par les brises et dispersés çà et là formaient des îles d’ombres flottantes sur cette mer immobile de lumière ».

Chateaubriand, Le Génie du Christianisme

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Chateaubriand

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François-René de Chateaubriand (1768-1848)

Le vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo, fit au commencement de la Révolution un voyage dans l’Amérique centrale, qu’il raconta plus tard. Revenu en France, il émigra bientôt à Londres, et dut lutter pendant sept années contre la misère, donnant des leçons pour vivre. Ses premiers ouvrages, Atala (1801), René (1802), le Génie du christianisme (1802), les Martyrs (1809), l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) ont eu une influence capitale et indiscutable sur toute la littérature de la première moitié du XIXe siècle. Chateaubriand fit revivre dans les lettres le respect de la religion et du passé, que le XVIIIe siècle avait méconnus. Son style brillant, ses images neuves et hardies, ses descriptions colorées et étincelantes ont fait naître le romantisme. Chateaubriand, dont l’indépendance portait ombrage au pouvoir soupçonneux de Napoléon, se consacra à la politique sous la Restauration, puis revint à la littérature après la révolution de 1830. C’est dans cette nouvelle période de sa vie que parurent les Natchez, le Dernier des Abencerages, des Études historiques, des Voyages en Amérique, en France et en Italie (1834), un Essai sur la littérature anglaise, une traduction du Paradis perdu de Milton (1836), et une Vie de Rancé (1844). Les Mémoires d’outre-tombe, où il raconte sa vie dans des pages tantôt exquises, tantôt fatigantes, ne devaient paraître qu’au lendemain de sa mort; il les céda de son vivant à ses créanciers pour assurer l’aisance de sa vieillesse. Le tombeau de Chateaubriand se trouve sur un rocher à l’entrée de la baie de Saint-Malo.


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