Chateaubriand

Portrait peint par Girodet-Trioson en 1811. Chateaubriand est représenté méditant sur les ruines de Rome; derrière lui, le Colisée.

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Chateaubriand (1768-1848)

C’est Chateaubriand qui est le principal initiateur de la littérature au XIXe siècle. Les traits dominants de son caractère sont une âme inquiète, un immense orgueil, une tristesse incurable.

Le roman exotique d’Atala (1801) révèle son nom au public.

Le Génie du Christianisme (1802) est un ouvrage capital ayant pour objet de prouver que la religion chrétienne est une source de beautés poétiques que la littérature classique a injustement dédaignée. C’est par là qu’il a orienté la littérature dans un sens tout nouveau et qu’il a pu devenir la bible du romantisme.

Dans son roman de René (1804) Chateabriand a analysé cette mélancolie qu’on appellera le mal du siècle.

Dans Les Martyrs (1809), il a essayé d’appliquer les théories littéraires de son Génie du Christianisme. L’œuvre, très contestable comme poème épique en prose, est remarquable comme roman et pour sa couleur historique: elle a exercé une grande influence à la fois sur le roman et sur la conception de l’histoire.

L’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) a ouvert la voie à l’orientalisme littéraire et artistique.

Les Études historiques (1831), dont on a trop méconnu le haut intérêt et l’originalité, sont pleines de vues fécondes.

Les Mémoires d’outre-tombe (1803-1847) joignent à leur valeur biographique et historique, le mérite d’une forme éclatante, et contiennent des pages magnifiques.

Par son style imagé et cadencé, Chateaubriand a créé une nouvelle manière d’écrire, propre surtout à la poésie.

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Chateaubriand

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Le tombeau de Chateaubriand

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Né à Rouen, Flaubert est un des plus puissants romanciers français, moins par le nombre, peu considérable, de ses œuvres que par la vie surprenante de ses personnages, la vérité de ses peintures de mœurs, l’exactitude et le relief admirables de ses tableaux. Enfin, il eut toujours à un degré extraordinaire le souci d’écrire en un style plein, vigoureux, d’une couleur et d’un mouvement parfaitement précis.


Le tombeau de Chateaubriand

En face des remparts, à cent pas de la ville de Saint- Malo, l’îlot du Grand-Bay se lève au milieu des flots. Là se trouve la tombe de Chateaubriand. L’île est déserte; une herbe rare y pousse où se mêlent de petites touffes de fleurs violettes et de grandes orties. Il y a sur le sommet une casemate délabrée, avec une cour dont les vieux murs s’écroulent. En dessous de ce débris, à mi-côte, on a coupé, à même la pente, un espace de quelque dix pieds carrés, au milieu duquel s’élève une dalle de granit, surmontée d’une croix latine*. Le tombeau est fait de trois morceaux, un pour le socle, un pour la dalle, un pour la croix.

Il dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres, et tout entourée d’orages. Les vagues avec les siècles murmureront longtemps autour de ce grand souvenir; dans les tempêtes, elles bondiront jusqu’à ses pieds, ou les matins d’été, quand les voiles blanches se déploient et que l’hirondelle arrive d’au delà des mers, longues et douces, elles lui apporteront la volupté mélancolique des horizons, et la caresse des larges brises. Et les jours ainsi s’écoulant, pendant que les flots de la grève natale iront se balançant toujours, entre son berceau et son tombeau, le cœur de René*, devenu froid, lentement, s’éparpillera dans le néant, au rythme sans fin de cette musique éternelle.

Gustave Flaubert (1821-1880), Par les Champs et par les Grèves.

* On appelle croix latine une croix très simple, analogue à celle des églises primitives: la branche inférieure est plus longue que les autres.

* René est l’un des prénoms de Chateaubriand; il l’a rendu immortel en en faisant le titre d’un roman autobiographique.

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Le génie et le goût

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Le génie enfante, le goût conserve. Le goût est le bon sens du génie; sans le goût, le génie n’est qu’une sublime folie. Ce toucher sûr par qui la lyre ne rend que le son qu’elle doit rendre est encore plus rare que la faculté qui crée. L’esprit et le génie diversement répartis, enfouis, latents, inconnus, passent souvent parmi nous sans déballer, comme dit Montesquieu; ils existent en même proportion dans tous les âges, il n’y a que certaines nations, qu’un certain moment où le goût se montre dans sa pureté. Avant ce moment, après ce moment tout pèche par défaut ou par excès. Voilà pourquoi les ouvrages accomplis sont si rares; car il faut qu’ils soient produits aux heureux jours de l’union du goût et du génie. Or, cette grande rencontre, comme celle de plusieurs astres, semble n’arriver qu’après la révolution de plusieurs siècles, et ne dure qu’un instant.

It is genius that brings into being, and it is taste that preserves. Without taste genius is nought but sublime folly. This unerring touch, by which the lyre only gives back the note which is demanded, is still more rare than the creative faculty. Wit and genius distributed in various quantities, sunk deep in man, latent and unknown even to the possessor, pass often amidst us without being unpacked, as Montesquieu says; they exist in the same proportions in all ages: but as ages run on, there are only certain nations, and among these nations only a certain point of time when taste is developed in all its purity. Before and after this moment everything offends from incompleteness or excess. That is the reason why perfect works are so rare, for they must be produced at the auspicious moment when taste and genius are conjoined. Now, this rare apposition, like that of some stars, seems only to happen after the revolution of many ages, and only lasts for an instant.

Chateaubriand

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Château de Combourg

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Romantiques français – 1

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Romantiques français – 1

En France, quelques contemporains composèrent, entre 1801 et 1809, des œuvres importantes. Mme de Staël (1766-1817), dans Delphine (1802), long roman par lettres, mit une partie d’elle-même et exposa ses idées sur le rôle de la femme dans la société mondaine; Corinne ou l’Italie (1807), qui fit longtemps sa plus grande gloire, est surtout remarquable par ce que la belle improvisatrice garde du tempérament passionné et enthousiaste de l’auteur, par les idées nombreuses qu’on y discute, par les types nationaux que cet ancêtre des romans cosmopolites peint avec finesse.

François-René de Chateaubriand (1768-1848) conquit la renommée avec Atala (1801), simple nouvelle indienne qui avait eu des aînées, où le voyageur évoquait pour la première fois, avec une richesse de coloris qui fut une révélation, ses souvenirs d’Amérique. René (1802), court récit pathétique et orageux où revivaient ses passions et ses impressions de jeunesse, exerça une grande influence sur les romantiques français et quelques étrangers; il vit toujours par la passion trouble, les évocations émouvantes, la magie du style.

Le mal du siècle et le vague des passions trouvaient une expression moins fastueuse, mais sincère et désespérée, dans Obermann (1804) d’Étienne Pivert de Senancour (1770-1846), rêveur original et isolé; c’est le journal d’une âme mélancolique et troublée, pleine d’aspirations vagues, qui cherche la paix en s’isolant dans la nature forestière ou alpestre; livre vide d’action, mais émouvant dans sa sobriété et riche en résonances profondes dans la sensibilité moderne.

Benjamin Constant (1767-1830), intelligence subtile, esprit compliqué et inquiet, cœur inconstant, qui à une culture cosmopolite joignait une rare finesse d’analyse, fit Adolphe (1817, écrit en 1809) avec des épisodes à peine romancés de sa vie sentimentale; chef-d’œuvre classique de ton et de tour, romantique de sentiments, qui n’a pas vieilli.

Le Hongrois József Eötvös (1813-1871) donna dans Le Chartreux (1839-1841) une étude morale qui s’inspire de René, d’Obermann et d’Adolphe, et qui montre le perfectionnement progressif d’une âme d’homme.

Alfred de Musset (1810-1857), dans Confession d’un enfant du siècle (1836), évoqua d’une plume vibrante et passionnée les souvenirs tendres ou amers du grand amour qui avait bouleversé sa vie.

Mademoiselle de Maupin (1836), de Théophile Gautier (1811-1872), est un roman de vie sensuelle, et surtout le rêve poétique d’un artiste épris du beau sous toutes ses formes.

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Le roman au 19e siècle – Europe