Louis Lambert et madame de Staël

Louis Lambert et madame de Staël

La baronne de Staël, bannie à quarante lieues de Paris, vint passer plusieurs mois de son exil dans une terre située près de Vendôme. Un jour, en se promenant, elle rencontra sur la lisière du parc l’enfant du tanneur presque en haillons, absorbé par un livre.

Elle s’assit auprès de Lambert, et se mit à causer avec lui. Malheureusement ma mémoire, quoique fort étendue, est loin d’être aussi fidèle que l’était celle de mon camarade, et j’ai tout oublié de cette conversation, hormis les premiers mots. Cette rencontre était de nature à vivement frapper madame de Staël; à son retour au château, elle en parla peu, malgré le besoin d’expansion qui, chez elle, dégénérait en loquacité; mais elle en parut fortement préoccupée. La seule personne encore vivante qui ait gardé le souvenir de cette aventure, et que j’ai questionnée afin de recueillir le peu de paroles alors échappées à madame de Staël, retrouva difficilement dans sa mémoire ce mot dit par la baronne, à propos de Lambert: « C’est un vrai voyant ».

Honoré de Balzac, Louis Lambert

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Honoré de Balzac

Louis Lambert

Louis Lambert

Louis Lambert venait ordinairement passer dans la maison paternelle le temps que son oncle lui accordait pour ses vacances; mais, au lieu de s’y livrer, selon l’habitude des écoliers, aux douceurs du bon farniente qui nous affriole à tout âge, il emportait, dès le matin, du pain et des livres; puis, il allait lire et méditer au fond des bois pour se dérober aux remontrances de sa mère, à laquelle de si constantes études paraissaient dangereuses. Admirable instinct de mère!

Dès ce temps, la lecture était devenue chez Louis une espèce de faim que rien ne pouvait assouvir. Il m’a dit avoir éprouvé d’incroyables délices en lisant des dictionnaires à défaut d’autres ouvrages, et je l’ai cru volontiers.

Honoré de Balzac, Louis Lambert

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Honoré de Balzac

Le Réquisitionnaire

Le Réquisitionnaire

Le négociant instruisit la comtesse des bruits qui couraient dans la ville et du danger où elle se trouvait.

À ces mots, madame de Dey regarda le vieillard avec un air d’égarement et de folie qui le fit frissonner, lui, vieillard.

— Venez, lui dit-elle en le prenant par la main pour le conduire dans sa chambre, où, après s’être assurée qu’ils étaient seuls, elle tira de son sein une lettre sale et chiffonnée: — Lisez! s’écria-t-elle en faisant un violent effort pour prononcer ce mot.

Elle tomba dans son fauteuil, comme anéantie. Pendant que le vieux négociant cherchait ses lunettes et les nettoyait, elle leva les yeux sur lui, le contempla pour la première fois avec curiosité; puis, d’une voix altérée : —Je me fie à vous, lui dit-elle doucement.

— Est-ce que je ne viens pas partager votre crime? répondit le bonhomme avec simplicité.

Honoré de Balzac

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Eugénie Grandet

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Le Cousin Pons

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