Rousseau – Si j’étais riche

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Si j’étais riche

Je n’irais pas me bâtir une ville en campagne, et mettre au fond d’une province les Tuileries devant mon appartement. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j’aurais une petite maison rustique: une maison blanche avec des contrevents verts; et quoique une couverture de chaume soit en toute saison la meilleure, je préférerais magnifiquement, non la triste ardoise, mais la tuile, parce qu’elle a l’air plus propre et plus gaie que le chaume, qu’on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l’heureux temps de ma jeunesse. J’aurais pour cour une basse-cour, et pour écurie une étable avec des vaches, pour avoir du laitage que j’aime beaucoup. J’aurais un potager pour jardin et pour parc un joli verger.

Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient ni comptés ni cueillis par mon jardinier; et mon avare magnificence n’étalerait point aux yeux des espaliers superbes auxquels à peine on osât toucher. Or, celle petite prodigalité serait peu coûteuse, parce que j’aurais choisi mon asile dans quelque province éloignée où l’on voit peu d’argent et beaucoup de denrées, et ou règnent l’abondance et la pauvreté.

Jean-Jacques Rousseau, Émile – Livre IV

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L’enfance de Jean-Jacques Rousseau

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Les premières années de Rousseau

— Il n’a pas connu sa mère: « Je coûtai la vie à ma mère et ma naissance fut le premier de mes malheurs ». « Quand mon père me disait: Jean-Jacques, parlons de ta mère, je lui disais: Eh bien! mon père, nous allons donc pleurer ».

– Sa faible santé: « J’étais né presque mourant… Une sœur de mon père prit si soin de moi… qu’elle me sauva… Chère tante, je vous pardonne de m’avoir fait vivre ».

— L’intimité heureuse avec son père, horloger à Genève. Leurs lectures à haute voix: « Nous nous mîmes à lire après souper, mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants; mais bientôt l’intérêt devint si vif que nous lisions tour à tour sans relâche… nous ne pouvions quitter qu’à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux: « Allons nous coucher, je suis plus enfant que toi ».

Romans d’abord, puis ouvrages historiques. « De ces lectures… se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient du joug et de servitude, qui m’a tourmenté tout le long de ma vie… Je devenais Grec ou Romain. Un jour que je lisais à table l’aventure de Scaevola, on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud. »

— Sa vie heureuse: « Idolâtré de tout ce qui m’entourait… traité en enfant chéri, jamais en enfant gâté… J’avais les défauts des enfants de mon âge. J’étais babillard, gourmand et quelquefois menteur. J’aurais volé des fruits, des bonbons dans la mangeaille; mais jamais je n’ai pris plaisir à faire du mal…, à charger les autres, à tourmenter les animaux. Comment serais-je devenu méchant, quand je n’avais sous les yeux que des exemples de douceur ».

— Son amour de la musique. « J’étais toujours avec ma tante, à la voir broder, à l’entendre chanter… et j’étais content. Je suis persuadé que je lui dois le goût ou plutôt la passion de la musique qui ne s’est bien développée en moi que longtemps après ».

— Son père est obligé de quitter Genève. Jean-Jacques reste sous la tutelle de son oncle qui le met en pension à Bossey chez le ministre (pasteur) Lambercier en compagnie de son cousin.

— De retour à Genève. « On délibérait si l’on me ferait horloger, procureur ou ministre… J’aimais mieux être ministre, car je trouvais beau de prêcher… »

— Son amitié avec son cousin, plus faible que lui. Les bagarres avec les autres enfants. « Me voilà déjà redresseur de torts… »

— L’apprentissage:

* Chez un greffier, pour apprendre le métier de procureur. « L’occupation me paraissait ennuyeuse, insupportable… je fus renvoyé ignominieusement pour mon ineptie ».

* Chez un horloger. « Le métier ne me déplaisait pas en lui-même: j’avais le goût du dessin, le jeu du burin m’amusait assez ». Mais « mon maître était un jeune homme rustre et violent qui vint à bout, en peu de temps, de ternir tout l’éclat de mon enfance, d’abrutir mon caractère aimant et vif… Je ne finirais pas ces détails si je voulais servir toutes les routes par lesquelles durant mon apprentissage je passai de la sublimité de l’héroïsme à la bassesse d’un vaurien ».

— Il a 16 ans. Un dimanche soir, après une promenade, trouvant les portes de la ville fermée, il renonce à retourner le lendemain matin chez son maître, sachant quel accueil féroce lui sera réservé. C’est le début de sa vie errante.

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Le voyage à pied

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Amour fraternel

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