Voltaire

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Voltaire (1694-1778)

Voltaire est le plus grand nom du XVIIIe siècle et un des plus grands de toutes les littératures. Né à Paris le 21 novembre 1694, il débuta dans les lettres par le succès d’Œdipe (1718). Mis une première fois à la Bastille pour son esprit frondeur, il le fut de nouveau et très injustement à la suite d’une affaire avec le chevalier de Rohan qui avait tous les torts.

Ayant obtenu de passer en Angleterre, il y séjourna de mai 1726 à mars 1729. Il en rapporta les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises où, sous couleur de louer les Anglais, il déclarait la guerre à nos institutions et à la religion. Il en rapportait aussi des idées nouvelles sur le théâtre.

Rentré en France, il se répand dans le monde, puis devient à Cirey l’hôte de la marquise du Châtelet, et sous son influence se tourne vers les sciences.

En 1752 il répond aux instances souvent répétées du roi de Prusse Frédéric II et accepte son hospitalité à Berlin et à Potsdam. Mais le roi et le philosophe ne tardent pas à se brouiller et Voltaire désabusé n’a plus d’autre ressource que de se sauver.

Afin d’assurer son indépendance, il se choisit une résidence sur les confins de la Suisse et de la France, aux Délices d’abord, puis à Ferney. C’est là qu’il passe ses vingt-cinq dernières années exerçant sur l’opinion en Europe une véritable royauté. De retour à Paris, il y est accueilli par l’enthousiasme populaire. Il meurt le 30 mai 1778.

Esprit universel, Voltaire a abordé tous les genres. Il a donné dans Charles XII (1731) le modèle de l’histoire narrative, dans le Siècle de Louis XIV (1751) le modèle d’une histoire politique, dans l’Essai sur les mœurs (1753-1758) le premier modèle d’une histoire de la civilisation; dans les Lettres anglaises (1734) et le Dictionnaire philosophique (1764) des modèles de pamphlets; dans Zadig, Candide (1758), l’Ingénu, des modèles de romans philosophiques. Sa Correspondance est le recueil le plus précieux pour la connaissance du XVIIIe siècle.

Très faible dans le poème épique, brillant mais superficiel dans la tragédie, dont il fait un instrument de propagande pour ses idées philosophiques, il excelle dans la poésie légère.

Il faut faire beaucoup de réserves sur le caractère de Voltaire: il n’y en a pas à faire sur son style. Par la vivacité, par le naturel et surtout par la clarté, Voltaire est, avec Bossuet, mais par des qualités différentes, notre meilleur écrivain en prose.

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Le flambeau de l’univers

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Voltaire à la Bastille composant la Henriade

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Voltaire

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Jeannot et Colin

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Le Marquis fut prêt à s’évanouir; il fut traité à peu près de même par ses amis, et apprit mieux à connaître le monde dans une demi-journée que dans tout le reste de sa vie.

Comme il était plongé dans l’accablement du désespoir, il vit avancer une chaise roulante à l’antique, espèce de tombereau couvert, accompagné de rideaux de cuir, suivi de quatre charrettes énormes toutes chargées. Il y avait dans la chaise un jeune homme grossièrement vêtu; c’était un visage rond et frais qui respirait la douceur et la gaieté. Sa petite femme brune et assez grossièrement agréable était cahotée à côté de lui. La voiture n’allait pas comme le char d’un petit-maître; le voyageur eut tout le temps de contempler le Marquis immobile, abîmé dans sa douleur. « Eh, mon Dieu! s’écria-t-il, je crois que c’est là Jeannot. » À ce nom le Marquis lève les yeux, la voiture s’arrête; c’est Jeannot lui-même, c’est Jeannot. Le petit homme rebondi ne fait qu’un saut et court embrasser son ancien camarade. Jeannot reconnut Colin; la honte et les pleurs couvrirent son visage: « Tu m’as abandonné, dit Colin, mais tu as beau être grand seigneur, je t’aimerai toujours. » Jeannot, confus et attendri, lui conta en sanglotant une partie de son histoire. « Viens dans l’hôtellerie où je loge me conter le reste, lui dit Colin; embrasse ma petite femme, et allons dîner ensemble. »

Ils vont tous trois à pied suivis du bagage. « Qu’est-ce donc que tout cet attirail? Vous appartient-il? — Oui, tout est à moi et à ma femme. Nous arrivons du pays; je suis à la tête d’une bonne manufacture de fer étamé et de cuivre. J’ai épousé la fille d’un riche négociant en ustensiles nécessaires aux grands et aux petits; nous travaillons beaucoup; Dieu nous bénit; nous n’avons point changé d’état, nous sommes heureux, nous aiderons notre ami Jeannot. Ne sois plus marquis; toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon ami. Tu reviendras avec moi au pays, je t’apprendrai le métier, il n’est pas bien difficile; je te mettrai de part, et nous vivrons gaiement dans le coin de terre où nous sommes nés. »

Jeannot éperdu se sentait partagé entre la douleur et la joie, la tendresse et la honte; et il se disait tout bas: « Tous mes amis du bel air m’ont trahi, et Colin que j’ai méprisé vient seul à mon secours. » Quelle instruction! la bonté d’âme de Colin développe dans le cœur de Jeannot le germe du bon naturel que le monde n’avait pas encore étouffé. Il sentit qu’il ne pouvait abandonner son père et sa mère. « Nous aurons soin de ta mère, dit Colin, et quant à ton bonhomme de père qui est en prison, j’entends un peu les affaires. Ses créanciers, voyant qu’il n’a plus rien, s’accommoderont pour peu de chose; je me charge de tout. » Colin fit tant qu’il tira le père de prison. Jeannot retourna dans sa patrie avec ses parents, qui reprirent leur première profession. Il épousa une sœur de Colin, laquelle, étant de même humeur que le frère, le rendit très-heureux. Et Jeannot le père, et Jeannette la mère, et Jeannot le fils, virent que le bonheur n’est pas dans la vanité.

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