Les quatre principaux écrivains du 18e siècle

Montesquieu est concis, simple et grand; Voltaire, apte à tout, incapable de se maintenir dans l’excellent, trop léger. Rousseau, orgueilleux, mécontent de tout; Buffon a du génie, de l’esprit, de l’emphase.

Montesquieu avait les formes propres à s’exprimer en peu de mots; il savait faire dire aux petites phrases de grandes choses.

Voltaire, esprit habile, adroit, faisant tout ce qu’il voulait, le faisant bien, le faisant vite, mais incapable de se maintenir dans l’excellent. Il avait le talent de la plaisanterie, mais il n’en avait pas la science. À la fois actif et brillant, il occupait la région placée entre la folie et le bon sens, et il allait perpétuellement de l’un à l’autre. Il avait beaucoup de ce bon sens qui sert à la satire, c’est-à-dire une grande pénétration pour découvrir les maux et les défauts de la société; mais il n’en cherchait point le remède. On eût dit qu’ils n’existaient que pour sa bile ou sa mauvaise humeur: car il en riait ou s’en irritait, sans s’arrêter jamais à les plaindre.

Donner de l’importance, du sérieux, de la hauteur et de la dignité aux passions, voilà ce que J.-J. Rousseau a tenté. Lisez ses livres: la basse envie y parle avec orgueil; l’orgueil s’y donne hardiment pour une vertu; la paresse y prend l’attitude d’une occupation philosophique, et la grossière gourmandise y est fière de ses appétits. Il n’y a point d’écrivain plus propre à rendre le pauvre superbe. On apprend de lui à être mécontent de tout, hors de soi-même.

Buffon a du génie pour l’ensemble, et de l’esprit pour les détails. Mais il y a en lui une emphase cachée, un compas toujours trop ouvert.

Joseph Joubert (1754-1824), Pensées, titre XXIV.

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