Pierre Loti (1850 — 1923)

Pierre Loti


Pierre Loti, de son vrai nom Julien Viaud, est né à Rochefort d’une ancienne famille de marins huguenots. Son enfance timide et sensitive fut choyée à l’excès par mère, tantes, grand’mère et grand’tante, qui toutes habitaient sous le même toit. Sa piété austère allait jusqu’au scrupule. A 6 ans il voulait être pasteur; à 8, martyr; à 10, missionnaire; à 14, soudain il s’enthousiasma de la marine à l’exemple de son frère, qui, déjà officier, allait périr dans le golfe de Bengale. Toutes les résistances de sa famille se brisèrent à sa résolution irrévocable.

Écolier médiocre et inégal jusque là, Julien se mit bravement au travail, entra à 17 ans au Borda vaisseau-école des aspirants de marine, et fit plusieurs campagnes en Océanie, au Japon, au Sénégal, au Tonkin, où il vit mourir l’héroïque amiral Courbon. Au début, sa réserve presque craintive fut telle que ses camarades lui donnèrent le surnom de Loti (petite fleur cachée des Indes), qui devint dans la suite son pseudonyme littéraire. Son énergie eut vite raison de sa timidité naturelle et de son éducation en serre chaude. Bravant soleil, pluie, glace, tempêtes, corvées, il durcit comme l’acier sa trempe physique. Il secoua en même temps tout frein religieux et moral. Lui même à 30 ans se vante d’avoir fait toutes les sottises imaginables sur les rives des cinq parties du monde.

Cependant la mort du père fit baisser les ressources de la famille. Loti ouvrant son journal intime qu’il avait tenu jusque là sous triple clef, en tira quelques aventures amoureuses: Aziyadé (1879), Rarahu, etc. Le succès fut instantané et bientôt consacré par l’admission de l’auteur à l’Académie (1891). Loti prit femme et mena de front sa vie de marin et de littérateur. Promu capitaine de frégate à 49 ans, il servit dans l’escadre de l’Extrême Orient durant les troubles de Chine (1900) et passa capitaine de vaisseau en 1906. Aux confins de l’Espagne, à Hendaye (près de Bayonne), dans une villa fleurie ayant vue sur l’océan, femme et enfants attendent le lointain voyageur.

Loti est le romancier impressionniste, exotique et ultra-subjectif à la Chateaubriand. Ses impressions personnelles, qui servent de trame à toute son œuvre, sont aussi intenses que communicatives. Il fait voir parce qu’il voit: il fait vibrer parce qu’il vibre. Sa note dominante est la peinture émue, douloureuse de la nature, surtout de la nature exotique et de la mer aux mille visages. L’intrigue de ses romans est rudimentaire et primitive.

Loti possède au plus haut degré la magie du style: élégante simplicité, pureté limpide, nervosité frissonnante.

L’œuvre de Loti se divise en 3 branches.

Fragments autobiographiques . — Aziyadé (1879), vision de Constantinople ; petite sultane captive au sérail. — Rarahu ou le Mariage de Loti (1880), vision de Tahiti; gentille sauvagesse mourant de chagrin au départ de Loti. — Madame Chrysanthème (1887), vision du Japon; niponne enfant, quasi poupée. — Le Roman d’un enfant (1890), jeunesse de l’auteur jusqu’à 14 ans.

Romans proprement dits, en tête desquels se placent deux chefs d’œuvre: Pêcheur d’Islande (1886), une des meilleures idylles de la littérature française; âpre vision de Bretagne; amours pures et naïves et bonheur conjugal trop court du rude pêcheur breton Yann et de la bonne et sérieuse Maud. — Mon frère Yves (1883), efforts
d’un jeune officier de marine pour retirer de l’ivrognerie un brave matelot breton. — En 2e ligne se placent Le Roman d’un Spahi (1881), vision du Sénégal: la petite négresse Fatougaye expire de douleur sur le cadavre du pioupiou breton qu’elle aime. — Ramuntcho (1897), vision du pays basque; conscrit revenant de l’armée et trouvant sa fiancée consacrée à Dieu dans un cloître.

Impressions de voyage, de toute beauté. — Au Maroc (1890). — Jérusalem et la Galilée (1894); plus d’une page trahit dans Loti la nostalgie de la foi chrétienne de son enfance. — La Mort de Philae (1909).

Schmidt

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