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Pierre de Ronsard

Oeuvres de Ronsard


Ronsard
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Notice biographique
D’origine noble, le jeune Ronsard était destiné à une carrière des armes ou à la diplomatie. Une grave maladie qui l’a rendu sourd à l’âge de 15 ans, l’a obligé de renoncer à ses ambitions. 

Il s’est mis à étudier les lettres au Collège de Coqueret à Paris, sous la direction de Baïf et Dorat.

Dans son oeuvre, il imite d’abord Horace [1] et Pindare, puis il s’inspire de Plutarque.

Considéré comme le chef de la Pléiade, il connaîtra le succès pendant vingt ans.

Vers 1570, il écrit un vaste poème épique, La Franciade qui est un échec complet et qui nuit beaucoup à sa réputation.

Malade, il se retire dans son domaine et écrit encore quelques recueils de poésie amoureuse et mélancolique.

Oeuvres
Odes (1550)
Les Amours (1552)
La Franciade (1572)
Les Amours d’Hélène (1578)
Les Sonnets sur la Mort de Marie (1578)

Odes (Extrait)

Cette Ode à Cassandre est très connue et un exemple de l’originalité de Ronsard.

Nous y trouvons des thèmes de l’épicurisme [2], de la mélancolie mais avant tout un style très parfait et très naturel.


Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme un peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
O vraiment marâtre Nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.


Vocabulaire
déclose : ouvert
la vesprée : < les vêpres : la soirée
las : hélas
fleuronner : fleurir 

Exercice

1. Quels thèmes de l’épicurisme peut-on retrouver dans ce poème ?
2. Montrez que la structure du poème renferme un petit drame dont le pathétique augmente vers la fin.
3. Savez-vous quel auteur classique rappelle le vers 16 ?
4. La dernière strophe est bâtie sur une comparaison implicite. Laquelle ? Expliquez-la.


Les Sonnets pour Hélène (1578) (Extrait) 

A l’âge de 45-50 ans, Ronsard a rencontré Hélène de Surgères, une jeune fille qui avait perdu son fiancé dans une guerre.

Peu à peu, il est tombé amoureux d’elle et l’amour est devenu un amour sincère malgré la différence d’âge et la réserve d’Hélène. Cet amour a inspiré à Ronsard de très beaux sonnets et stances qui sont considérées comme ses oeuvres les plus parfaites.




Quand vous serez bien vieille …

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
“Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle !”

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

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Vocabulaire 

la chandelle : un flambeau de résine. C’était l’éclairage des familles riches au XVIème siècle
dévider : haspelen (i.v.m. weefgetouw)
lors : forme ancienne de “alors”
oyant : part. prés. < ouïr
un ombre : au XVIème siècle le mot était encore masculin
myrteux : le myrte : une plante toujours verte à fleurs blanches. Chez les Romains elle était consacrée à Vénus. Aux dires de Virgile, les myrtes étaient hantés par les amoureux.
fier : farouche

Exercice

1. Comment l’auteur présente-t-il la femme qu’il aime ?
2. Quel est le contraste entre la destinée du poète et celle de Hélène ?
3. Ronsard est orgueilleux. Montrez-le par des exemples concrets.
4. Quel était le but de Ronsard en écrivant ce poème ? Quels sont les moyens dont il se sert pour l’atteindre ?

[1] poète latin (65-8 av. J.-C.) qui laisse des Odes, des Satires et un Art poétique
[2] philosophie du grec Epicure (341-270 av. J.-C.). Il établit une morale du plaisir intellectuel qui vient de la pratique de la vertu.

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Ronsard
Pierre de Ronsard (1524 – 1585) était de descendance noble, et dès lors prédestiné à une carrière militaire ou diplomatique. Mais devenu sourd, il décide de se consacrer à la poésie. Ses succès le désignent bientôt comme chef de la première école poétique (un groupe de poètes avec une doctrine et un chef de file) française : la Pléiade (1550-1570), qu’il avait fondée avec Joachim du Bellay

En 1549 ils publient La Défense et Illustration de la langue française.

** défense : contre les humanistes, qui voulaient écrire tout en latin (à ce moment-là la langue mondiale par excellence.

** illustration (= enrichissement) : on va enrichir la langue et la littérature françaises en imitant les genres des Anciens (ode, épopée, sonnet), en empruntant des éléments de la mythologie grecque et latine, en employant des mots latins, grecs, italiens, dialectaux, …

Une grande partie de l’oeuvre de Ronsard est ainsi consacrée à l’imitation des Anciens (Les Odes (1550) ; La Franciade : épopée nationale sur le mode de l’Enéide) et de la poésie italienne. Ronsard sait s’exprimer avec simplicité et avec grâce : il trouve des accents émouvants dans les Amours de Cassandre (1552), les Amours de Marie (1555), et les Sonnets pour Hélène (1578).

On voit que Ronsard a toujours aimé les femmes. Quand il arrivait à un âge mûr, il mélangeait dans ses poèmes deux thèmes : l’amour et le temps. Il faut aimer quand on en a encore l’occasion, il ne faut pas attendre que ce soit trop tard : l’amour ne dure pas, et la jeunesse passe.

Il est mort après une longue maladie, dans sa maison près de la Loire.

Lors d’une fête à la cour de Blois, Ronsard, âgé de vingt ans, rencontre la charmante Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien. Il lui dédie le poème «Ode à Cassandre».




Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Contrat Creative Commons
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1 mignon: délicat, gentil ; lief, aardig
mignonne: lieveling, schatje
2 déclore (vx.): ouvrir ; doen openvouwen, doen ontluiken
déclose: maintenant on ne ferait plus l’accord (le C.O.D. suit !)
4 a point: n’a point du tout (n’a pas du tout)
4 cette vêprée (vx.): ce soir
5 un pli: een plooi
5 pourpré (adj.): de couleur pourpre
6 le teint: le coloris du visage, de gelaatskleur
7 las: hélas
7 en peu d’espace: en peu de temps
8 dessus la place: sur la place
9 choir (vx.): tomber
10 une marâtre: belle-mère par rapport aux enfants du premier lit ; mère dénaturée ; « een stiefmoe­der
10 « O, comme la nature est vraiment une mauvaise mère »
12 jusques au (poétique): jusqu’au
14 votre âge: votre jeunesse
14 fleuronner (vx.): pousser des fleurs, être en fleurs ;
« bloeien » (actuellement : « versieren met bloemvormige sieraden »)
15 en sa première jeunesse, dans ses premiers débuts
16 cf. Horace (poète latin : 64 – 8 avant J.C.) : « Carpe diem », cueille la journée.
17 comme: net zoals bij
18 ternir: rendre terne (dof,mat) ; « dof maken, bezoedelen, doen verwelken, doen vergaan 

QUESTIONS.

1. Quel est le rôle joué par les femmes, et en particulier par la jeune Cassandre, dans l’inspiration poétique de Ronsard ?
2. Quelle est la réalisation principale de Ronsard pour la littérature française de la Renaissance ?

ANALYSE.

1. Comment la jeune fille adorée est-elle comparée à la rose ? Résumez le contenu des trois strophes.
2. Pour quelle raison l’auteur a-t-il choisi une rose comme point de comparaison ?
3. Comparez le ton des trois strophes.
4. Comment voit-on que ce poème a été écrit dans la Renaissance ?
5. Quel est le thème de ce poème ?
6. (L’épicurisme est un courant philosophique fondé par Epicure (un philosophe grec du 4e siècle avant J.C.). Selon l’épicurisme il faut vivre au jour le jour, parce que demain, on peut être mort. Il est aussi représenté par le poète romain Horace.)
Où se trouvent ici des thèmes épicuriens : jouissance, fuite du temps, crainte de la mort ?
7. Ce poème renferme un petit drame. Relevez-en les différents épisodes.


J’ai l’esprit tout ennuyé

J’ai l’esprit tout ennuyé
D’avoir trop étudié
Les Phénomènes d’Arate ;
Il est temps que je m’ébatte
Et que j’aille aux champs jouer.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui, collés sus un livre,
N’ont jamais souci de vivre ?

Que nous sert l’étudier,
Sinon de nous ennuyer ?
Et soin dessus soin accroître
A nous, qui serons peut-être
Ou ce matin, ou ce soir
Victime de l’Orque noir ?
De l’Orque qui ne pardonne,
Tant il est fier, à personne.

Corydon, marche devant ;
Sache où le bon vin se vend ;
Fais rafraîchir la bouteille,
Cherche une feuilleuse treille
Et des fleurs pour me coucher.
Ne m’achète point de chair,
Car, tant soit-elle friande,
L’été je hais la viande ;

Achète des abricots,
Des pompons, des artichauts,
Des fraises et de la crème
C’est en été ce que j’aime,
Quand, sur le bord d’un ruisseau,
Je les mange au bruit de l’eau,
Etendu sur le rivage
Ou dans un antre sauvage.

Ores que je suis dispos,
Je veux rire sans repos,
De peur que la maladie
Un de ces jours ne me die,
Me happant à l’impourvu :
« Meurs, galant, c’est trop vécu ! »

À Ronsard

À toi, Ronsard, à toi qu’un sort injurieux,
Depuis deux siècles, livre au mépris de l’histoire,
J’élève de mes mains l’autel expiatoire
Qui te purifiera d’un arrêt odieux.

Non que j’espère encore, au trône radieux
D’où jadis tu régnais, replacer ta mémoire:
Tu ne peux de si bas remonter à la gloire;
Vulcain impunément ne tomba point des cieux.

Mais qu’un peu de pitié console enfin tes mânes;
Que, déchiré longtemps par des rires profanes,
Ton nom, d’abord fameux, recouvre un peu d’honneur!

Qu’on dise: Il osa trop, mais l’audace était belle;
Il lassa, sans la vaincre, une langue rebelle,
Et de moins grands, depuis, eurent plus de bonheur.

Sainte-Beuve (1828)


Pierre de Ronsard (1524-1585), À son âme.

Amelette Ronsardelette,
Mignonnelette, doucelette,
Tres-chere hostesse de mon corps,
Tu descens là-bas foiblelette,
Pasle, maigrelette, seulette,
Dans le froid royaume des mors ;
Toutesfois simple, sans remors
De meurtre, poison, ou rancune,
Méprisant faveurs et tresors
Tant enviez par la commune.
Passant, j’ay dit : suy ta fortune,
Ne trouble mon repos, je dors.


Publius Aelius Hadrianus (76-138), Animula vagula blandula.

Animula vagula, blandula
hospes comesque corporis,
quae nunc abibis in loca
pallidula, rigida, nudula,
nec, ut soles, dabis iocos.


Ronsard - Je vous envoie un bouquet ...

Ronsard - Chanson

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  • Ronsard

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    Ronsard (1524-1585)

    Par la force du talent, par l’éclat du succès, Ronsard est le maître incontesté de la poésie du XVIe siècle. Il était le chef d’un groupe de poètes, Baïf, Du Bellay, Belleau, Jodelle, etc., qui s’appelaient eux-mêmes la Pléiade et qui rêvaient de donner à la France une littérature égale aux chefs-d’œuvre grecs qu’ils admiraient. Il a publié des Odes, des sonnets, des Élégies et un poème épique: la Franciade.

    Texte

    Pierre de Ronsard

  • Ronsard

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    Ronsard (1524-1585)

    Pierre de Ronsard, de famille aristocratique, était destiné à la vie de cour. Attaché comme page au duc d’Orléans, il voyagea en Angleterre, en Allemagne, en Italie.

    Sa carrière pouvait être brillante et vide: une infirmité subite orienta sa vie différemment. A vingt ans, frappé de surdité, il se mit à l’étude: c’était l’époque la plus florissante de l’humanisme. Sept années durant, dans un de ces collèges de Paris où vivaient les étudiants, sous la direction d’un helléniste éminent, Daurat, il se consacra avec passion à l’étude de l’antiquité grecque et latine, travaillant toutes les nuits jusqu’à deux et trois heures du matin.

    C’est dans ce collège qu’il forma avec des amis la Brigade devenue la Pléiade.

    A vingt-six ans (1550) il publia ses premières œuvres poétiques, et l’année suivante il rentra dans le monde.

    Tantôt à la cour, tantôt dans quelqu’un de ses domaines du Vendômois, en relation avec toute l’aristocratie, favori des rois, il est regardé comme le plus grand poète de son temps et comblé d’honneurs et de biens, abbayes et prieurés. Après avoir joui d’une gloire européenne, — le poète italien Le Tasse vint exprès le voir — il sentit sur ses vieux jours la faveur se détacher de lui.

    Son activité littéraire se manifeste entre les années 1550 et 1575.

    Ambition de Ronsard.

    Ronsard avait une haute idée de lui-même et de la poésie; aussi voulait-il doter la France d’œuvres dignes de l’antiquité, et, avant tout, rivaliser avec les poètes lyriques et épiques de la Grèce et de Rome.

    Il fit donc d’abord des Odes, les unes historiques, à propos d’événements contemporains, imitant Pindare et Horace, les autres légères et galantes.

    Les premières restent artificielles; plus que le résultat, admirons l’effort de Ronsard pour bâtir une machine poétique comme l’Ode à Michel de l’Hôpital, de 800 vers.

    Il entreprit aussi une épopée à la manière antique. Nourrissant à l’égard de nos chansons de geste médiévales un mépris qu’exprime la Défense et Illustration, il composa quatre chants de la Franciade sur les vingt-quatre qu’il avait projetés. Francus, fils d’Hector, ayant abordé en Gaule après la chute de Troie, serait le lointain ancêtre de la famille royale française, comme Énée celui de la famille impériale romaine.

    Calquée sur un modèle antique et sans rien de sincère, la Franciade ne pouvait être une œuvre durable. Voilà les parties manquées et mortes de l’œuvre de Ronsard. Induit en erreur par son admiration aveugle de l’antiquité, par son érudition indiscrète, il voulut reproduire en français les grands modèles anciens; alors la sincérité de l’inspiration lui fit défaut et son œuvre est froide. Pourtant, si son effort n’aboutit pas toujours, ce lui fut un rude et utile exercice de style et de versification.

    Les meilleures œuvres de Ronsard.

    Mais là où Ronsard est vraiment poète, toujours vivant, c’est lorsqu’il laisse son naturel s’exprimer sincèrement, soit en des pièces courtes, légères (petites odes, élégies, sonnets), soit dans des passages perdus au milieu de développements médiocres.

    Ses sentiments n’ont pas grande profondeur ni élévation: il voit la vie, qu’il aime, s’écouler, la beauté de la jeunesse se flétrir, et il en ressent de la tristesse.

    Avec une âme toute païenne et épicurienne, il invite les humains à jouir de la vie. Mais la mort lui inspire plus de mélancolie que d’effroi. Il la voile soit sous de gracieux ornements dont l’entoure son imagination pour l’honorer (Sur la mort d’une jeune fille), soit sous les conceptions antiques d’un séjour élyséen (Quand vous serez bien vieille…).

    Son sentiment le plus vif est celui de la nature: il aime les arbres, les fleurs, il en reçoit des sensations vives qui lui dictent des vers expressifs, de jolis tableaux nets dans le dessin, précis dans le détail.

    Malheureusement, l’abus des ornements mythologiques dans le goût des humanistes nuit souvent à ces développements exquis de naturel et de sincérité (Élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine).

    Dans les Discours inspirés par le triste spectacle des guerres civiles qui déchiraient la France, Ronsard trouve de beaux accents pour appeler les Français à la concorde, et leur inspirer cet amour du pays qui fait accepter joyeusement le sacrifice de la vie:

    Heureux celui qui meurt pour sauver sa patrie!

    II croit que, poète, il a le droit et le devoir de parler à la reine-mère ou au roi, au nom de leurs sujets: catholique et Français, il attend d’eux un régime fort et bienveillant qui rétablisse l’unité religieuse.

    Fortune de l’œuvre de Ronsard.

    Dès la génération suivante, l’œuvre de Ronsard fut attaquée par ceux qui la trouvaient trop hâtive, insuffisamment travaillée.

    Boileau devait applaudir à la chute de

    Ce poète orgueilleux trébuché de si haut.

    Le XIXe siècle l’a réhabilité.

    Action de Ronsard dans la littérature française.

    Ronsard a déterminé certains progrès dans la forme: il recommandait au poète de chercher la rime riche et d’éviter l’hiatus, que lui-même ne proscrivit pas absolument.

    Il a contribué à enrichir la langue littéraire en conseillant et pratiquant l’usage des termes de métiers, de chasse, de guerre.

    Il a inauguré la longue tradition littéraire de ceux qui en France prirent pour maîtres les anciens.

    Conclusion.

    Ronsard a laissé des vers d’une inspiration gracieuse ou mélancolique sur la nature, les fleurs, les arbres, la fuite de la vie. Certaines pages de son œuvre sont éloquentes et d’une haute inspiration. Il a eu de la tâche et du caractère du poète une idée noblement élevée.

    Texte

    Pierre de Ronsard

  • Ronsard
  • Ronsard – À une jeune morte

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    Ronsard (1524-1585)

    Né près de Vendôme, Pierre de Ronsard passe une jeunesse de courtisan et de diplomate auprès de divers princes et seigneurs. Il devient sourd et se jette alors avec passion dans l’étude des langues et des écrivains de l’antiquité. Peu à peu il groupe autour de lui de jeunes poètes dont les plus connus sont Baïf, Remy Belleau et Joachim du Bellay. Menant une vie ardemment studieuse, ils traduisent et étudient les poètes grecs et latins afin de pouvoir écrire en français des poèmes analogues aux leurs par le sujet et par la forme. Ils veulent enrichir notre idiome, apporter un soin minutieux au style, à la versification.

    Ronsard, le chef de ce groupe, est aussi le plus grand poète de la Renaissance française.

    Ses œuvres les plus célèbres sont ses Odes, ses Hymnes, ses Poèmes, ses Discours en vers. Il leur dut une gloire immédiate et véritablement européenne. Rois et reines, — Marie Stuart et Charles IX surtout, — le comblèrent d’éloges et de bienfaits. Tous les écrivains du siècle proclamaient son génie.

    Ronsard a souvent exprimé, et d’une façon pénétrante, le sentiment mélancolique de la brièveté de notre vie. Il a su dire en beaux vers ses affections, ses aspirations religieuses, son patriotisme, son amour des bois, des eaux, de la nature: il cherche d’ailleurs à imiter les sujets et les procédés des poètes grecs, latins ou italiens. Il croit devoir faire par exemple des allusions fréquentes aux divinités de la mythologie païenne. Mais derrière ces ornements, ces façons conventionnelles de s’exprimer, nous sentons toujours un sentiment personnel sincère et pénétrant.

    À une jeune morte

    Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose
    En sa belle jeunesse, en sa première fleur1,
    Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
    Quand l’Aube2 de ses pleurs au point du jour l’arrose:

    La Grâce dans sa feuille et l’Amour se repose3,
    Embaumant les jardins et les arbres d’odeur4,
    Mais, battue ou de pluie5 ou d’excessive ardeur6,
    Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose7.

    Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
    Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
    La Parque8 t’a tuée, et cendre tu reposes9.

    Pour obsèques10 reçois mes larmes et mes pleurs,
    Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
    Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.

    Ronsard

    Les Mots et les Formes.

    1. fleur: mis pour floraison, signifie éclat.

    2. Aube, Grâce, Amour sont des personnifications.

    3. inversion: la Grâce et l’Amour se reposent dans sa feuille (mis pour ses pétales). Le verbe reste au singulier parce que l’accord se faisait très souvent dans l’ancienne langue avec le dernier sujet énuméré.

    4. odeur: parfum. Le mot a perdu ce sens précis. (Faire disparaître l’inversion).

    5. battue de pluie: on dirait aujourd’hui par. Autrefois les prépositions usuelles étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui: chacune d’elles s’employait par suite dans beaucoup de cas différents. Aujourd’hui chaque préposition a un sens plus net, plus spécial, et s’emploie dans des cas mieux déterminés.

    6. ardeur: chaleur intense.

    7. déclose: ouverte (contraire de close).

    8. la Parque: Dans la mythologie, les Parques étaient trois déesses de qui dépendait la vie des hommes. L’une, Clotho, tient le fuseau et file le fil de nos jours; une seconde, Lachésis, tient ce fil et le dévide; la troisième, Atropos, le coupe. C’est de celle-ci qu’il s’agit ici.

    9. cendre tu reposes: Analyser le mot cendre. — Faire disparaître l’ellipse et l’inversion.

    10. obsèques: ensemble des cérémonies funéraires. Ici, sens étymologique: offrandes faites par les anciens et destinées à accompagner le corps
    dans l’autre monde.

    Explication

    L’ensemble. — Dans ce sonnet Ronsard s’adresse à une jeune fille morte. Il l’a connue, dans un village de l’Anjou, toute rayonnante de jeunesse et de beauté — puis il l’a vue soudain emportée par la mort. C’est cette disparition subite qu’il rappelle ici à l’aide d’une comparaison, en laissant s’exprimer une douce mélancolie, une tristesse pénétrante qui a succédé à la vive douleur du premier moment.

    I. La mort soudaine et prématurée de la jeune fille.

    Ronsard compare le sort de la jeune fille à celui de la rose éclatante de fraîcheur mais vite flétrie.

    1. Le terme de comparaison: la rose (les 2 quatrains).

    La comparaison est annoncée par le premier mot: « Comme » . Le poète semble ensuite ne plus penser qu’à la rose: mais en réalité, pendant qu’il la décrit, il songe à la jeune fille et veut nous faire songer à elle. Cette rose devient l’emblème de la jeunesse gracieuse brusquement anéantie en plein épanouissement. Il est donc tout naturel que Ronsard parle de la fleur comme d’une personne.

    a) La beauté de la fleur (c’est-à-dire, indirectement,… quoi?) nous est dépeinte avec complaisance et minutie: notre impression lors de sa mort sera d’autant plus vive — Expliquer: le ciel jaloux les pleurs de l’Aube. L’Aube est personnifiée — souvenir de la mythologie. Personnifications analogues: la Grâce, l’Amour. Façon conventionnelle et élégante de traduire une impression personnelle: celle de la beauté de la fleur et du sentiment qu’elle inspire — 6e vers: le parfum de la fleur, sa suavité — sa puissance {citer), nous voyons la rose au centre d’un paysage (décrire).

    b) Sa mort: la cause? — Commenter « battue » . La courte « maladie » et son aggravation (citer et commenter). Ces deux quatrains forment un large tableau.

    2. La jeune fille (premier tercet). Un mot rappelle la comparaison (citer).

    a) Ce qui rend sa mort plus saisissante (2 vers). (À quoi correspondent-ils dans les 2 quatrains? Sa jeunesse (citer), sa beauté: 2e vers. Ce vers est admirable: il nous fait voir le personnage dans un paysage gracieux de sa belle province. Les fleurs et la verdure, la clarté du ciel semblent se concerter pour encadrer, pour mettre en relief la beauté de la jeune fille: pour « honorer » ainsi cette dernière, c’est-à-dire pour lui rendre une sorte de culte admiratif comme à une divinité.

    b) La mort brusque. 3e vers. (A quoi correspond-il dans les deux quatrains?) Personnification de la mort empruntée à la mythologie; exprime-t-elle bien la façon brutale dont le malheur se produit? Autre trait imité des auteurs antiques: « cendre« : chez les anciens, on appelait ainsi ce qui restait des morts après la combustion sur le bûcher — restes précieusement recueillis. La jeune morte dont il s’agit n’a pas été incinérée: le mot désigne simplement ici par extension les restes mortels. Il les désigne d’une façon voilée. Le mot cendre nous masque l’horreur du cadavre sous la terre — par là le morceau conserve son caractère de peinture attristée, mais gracieuse.

    La comparaison est terminée.

    II. L’offrande funéraire (second tercet): la douleur du poète, ses larmes et ses pleurs. Y a-t-il ici un pléonasme? Sa vision poétique de funérailles païennes: il se voit faisant sur cette tombe les offrandes rituelles des anciens (citer). Il cache le corps de la jeune morte sous les fleurs afin d’écarter de nos yeux la triste image.

    Source

    Pierre de Ronsard

  • Cent et cent fois

    Source

    Pierre de Ronsard

  • Le printemps n’a point tant de fleurs

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    Pierre de Ronsard

  • Baiser

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    Pierre de Ronsard

  • Comme un chevreuil

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    Pierre de Ronsard

  • Ronsard – Ciel, air, et vents

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    Pierre de Ronsard

  • Ronsard – Ode

    Image | Texte

    Ronsard

  • Ronsard – Je suis tellement amoureux

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    Pierre de Ronsard

  • Plus tu cognois que je brusle pour toi

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    Pierre de Ronsard

  • Ronsard – Sonnet XIII

    Pierre de Ronsard (1524-1585)

  • Mignonne

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    Ronsard

  • Ronsard – Quand vous serez bien vieille

    Ronsard – Quand vous serez bien vieille

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant :
    «Ronsard me célébrait, du temps que j’étais belle! »

    Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui, au bruit de mon nom, ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Pierre de Ronsard – Sonnets pour Hélène

    Il se dégage de la lecture de ce sonnet un sentiment très doux fait de l’espérance déçue de Ronsard et des regrets sans remords qu’Hélène se prépare en ne répondant pas à l’appel du poète. Le ton est grave et mélancolique.

    Pour qui fut écrit ce sonnet ?

    C’est vers la fin de sa vie, en 1574, que Ronsard (1524-1585) publia les «Sonnets pour Hélène». Ces sonnets sont dédiés à Hélène de Surgères, demoiselle d’honneur de la reine Catherine de Médicis. Le poète, approchant alors la cinquantaine, est épris de cette belle jeune fille, docte et vertueuse, qui ayant perdu son fiancé dans la guerre civile (1570) demeure inconsolable.

    Pourquoi ce sonnet ?

    Les sonnets de Ronsard sont inspirés de ceux de Pétrarque (1304-1374) précurseur de la Renaissance italienne. Ronsard composa ses poèmes avec un art scrupuleux, car ne concevant pas la poésie sans la musique, il les destinait à être chantés. Pour qu’une même mélodie pût convenir à plusieurs sonnets, il a contribué à fixer les lois du sonnet régulier (deux quatrains à rimes embrassées et deux tercets sur trois sortes de rimes).

    Composition du sonnet.

    Le premier quatrain nous présente un tableau très pittoresque : Ronsard imagine la vie calme, monotone, d’Hélène quand elle sera vieille.

    Tout est en harmonie dans ce tableau :

    — l’âge d’Hélène : elle sera «bien vieille».

    — le moment de la journée : c’est le soir, à la chandelle : heure et lumière propices à la rêverie et aux regrets.

    — les occupations d’Hélène : «dévidant et filant» : ce travail monotone et quelque peu mécanique laisse libre l’esprit de la vieille femme. Elle peut ainsi «chanter» les vers de Ronsard et se souvenir avec regret du temps «où elle était belle».

    Le deuxième quatrain rend ce tableau plus large et plus vivant par la présence de la servante dont :

    l’attitude : «à demi sommeillant»,
    les gestes : «ne s’aille réveillant»,

    sont notés avec beaucoup de pittoresque. Elle exprime avec orgueil les sentiments d’admiration qu’elle éprouve pour sa maîtresse inspiratrice du poète dans le très beau vers:

    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Le premier tercet et le premier vers du dernier évoquent ce que seront devenus Ronsard lui-même et Hélène dans cet avenir relativement proche. Cette vision du poète
    «fantôme sans os» et d’Hélène qui sera «une vieille accroupie» est empreinte d’un réalisme puissant et un peu cruel. C’est alors qu’Hélène regrettera l’amour de Ronsard et le farouche dédain avec lequel elle l’a accueilli. C’est pour lui éviter ces vains regrets que Ronsard lui donne des conseils, qu’il a si souvent répétés :

    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Intérêt psychologique.

    Nous voyons dans ces quelques vers se dessiner la double personnalité de Ronsard et d’Hélène. Lui en tant que poète croit à la puissance de rayonnement qui s’attache à son nom, et en tant qu’homme il souffre de voir son amour repoussé. La confession est émouvante en sa brièveté «regrettant mon amour et votre fier dédain».

    Hélène a des sentiments plus complexes. Elle a reçu avec fierté et dignité l’hommage de cet amour, et si elle est heureuse de se rappeler que «Ronsard la célébrait du temps qu’elle était belle», c’est parce qu’à ses regrets se mêle une idée de renoncement.

    Valeur littéraire du sonnet.

    L’alexandrin s’assouplit suivant les nuances de la pensée et de l’émotion, et tout ce sonnet est une vraie musique.

    Admirons l’équilibre du premier vers et l’effet de sérénité obtenu par le rythme ternaire :

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,

    et la monotonie du second à la césure plus régulière :

    Assise au coin du feu, dévidant et filant,

    Remarquons le rythme large, sans coupure, du vers 8 aux sonorités douces et ouatées,

    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Quelques expressions.

    Peu d’explications littérales sont à donner, le sonnet étant d’un ton simple et d’une langue presque moderne. Notons cependant :

    Vers 3 : «direz», vers 13 : «si m’en croyez»: l’ellipse du sujet «vous» est fréquente au XVIe siècle.

    les ombres myrteux : c’est la seule expression qui rappelle les allusions mythologiques chères à Ronsard. On peut se demander si l’auteur veut entendre soit les ombres (fantômes) myrteux (qui vivent sous les myrtes, arbres funèbres) ou l’ombrage de ces arbres eux-mêmes.

    oyant : participe présent du verbe ouïr — entendre.

    Source

    Pierre de Ronsard (1524-1585)